Silvano Danesi

Marzo 20, 2008

Le texte

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Le texte de la Mitistoire que je reproduis est celui de l’édition de 1574 (Lyon, Jean Dieppi).
J’ai modifié la ponctuation, presque inexistante dans le texte et j’ai apporté des variations orthographiques: j’ai distingué les u des v et les i des j.
Le texte est accompagné:

  • De la traduction en français moderne des mots les plus difficiles à comprendre.

  • D’un commentaire très sobre, où j’ai voulu seulement indiquer les références des principaux emprunts de des Autelz, les allusions à la grande ou à la petite histoire, élucider certains passages obscurs, expliquer - quand il est nécessaire - la pensée de l’écrivain.

MITISTOlRE BARRAGOUYNE DE FANFRELUCHE ET GAUDICHON, TROUVEE DEPUIS N’AGUERE D’UNE EXEMPLAIRE ESCRITE A LA MAIN
De la valeur de dix Atomes pour la recreation de tous bons Fanfreluchistes.
AUTHEUR a b c d e f g h i k l m n o p q r s t v x y z 9

On les vend à Lyon, par JEAN DIEPPI, 1574[1]

Advertissement au Lecteur

Notez que pour sçavoir et trouver le nom de l’Autheur, il faut oster les lettres superflues, et faire servir les autres autant de fois qu’il sera besoing.

Suradvertissement

L’Autheur escrivant de si grave matiere que ceste-cy, et de si honneste Dame que Fanfreluche estoit, ainsi magnifiquement que vous voyez: et (pour parler signorialement) s’est retiré, comme dit l’autre,[2] du grand chemin des vaches[3], mais si je trouve un amy qui conqueste une Conté par le squadron des brunettes, filles de Cadmus, pourtraites[4] en son nom[5], vous en aurez bien tost la scientifique exposition, ne fust ce que pour faire peter les roussins.
Quant à l’Escriture on n’en dit mot, attendant la decision du procez entre Meigretistes, et antimeigretistes.[6]


Ad lectores


Hunc hic nuda placet, parùmque culta
Nobis simplicitas, amice Lector,
Que si propter ea minus videtur
Ornatus veneris, salisve habere
Doctos (quis vetat?) eligas libellos:
Nos efficimus id, quod hic petendum est.

A F.R.[7]

Gaudichon, qui de Silenus
Avec Bacchus fut le pupille,
Ne boit aux Gobelets tenus
Par tous ces Singes de Staphyle:[8]
Encores moins est-il docile
A suyvre les pas et la trace
Du mal-avisé Roy de Trace :[9]
Mais avec ris continuel,
Il s’en yvre à la bonne grace
De ton maistre pantagruel.
TEL RID, QUI MORD.

Proeme

Celuy qui se veut mesler descrire une histoire , doit sur tout avoir devant les yeux, qu’il n’escrive rien qui ne soit vray, car c’est la seule chose qui le faict nommer Historien: autrement c’est un seducteur[10] digne de non moindre punition qu’un faux tesmoing, pour ce qu’en ces deux mesme raison milite. A quoy toutesfois n’ont point eu d’esgard ceux qui devant moy en ont escrit.
Regardez moy un petit[11] Jules Cesar racontant ses vaillances, vous semble il point veoir Mahomet en son Alchoran, escrire12 sa grande saincteté, dignité Prophetique, et force tres admirable?
Regardez moy ces menteurs et vains Grecs decorer13 par narrations fabuleuses leur infame nation.14
Regardez moy ces fols et glorieux15 Romains, extoller maintenant leurs loix, maintenant leurs armes, maintenant leurs femmes, maintenant leurs Diables, qui leur rompent le col16: et toutes belles songeries saupiquuees17 de deux petis grains de verité à l’aventure.
Bref regardez toutes ces Histoires, et les Fables d’Esope, c’est tout un, sinon que les Fables sont un petit plus vray semblabes, et en maint endroict (comme quand il parle des pets, et des vesses) plaines de meilleur sens18.
Mais regardez quand je m’en advise, à ceste heure19 ces Autheurs de Germanie: comme, quand ils veulent hausser leur nation jusque à la Lune, ils trenchent du gros bis.20. Et pour ce faire plus à leur aise, ils usurpent ce florissant, et tres resplendissant nom de France: les habitans de laquelle ( à mon advis) ce sont en ce le plus mal gouvernez, veu qu’ils ont laissé prendre aux Barbares et estrangers l’honneur qui leur estoit deu.
Bien est vray que long temps apres les autres, les François se sont esvelleiz, mais non point esprit cognoissans la vérité des choses passées, qui toutesfois se sont ruez aux Histoires, comme les pourceaux aux roses: et diriez qu’ils ont combatu à qui mentiroit le mieux, quand l’un parle d’un Huon de Bourdeaux, endormy21 en furie avec Ogier le Danois: l’autre d’un Roland espouvantable: l’autre d’un vert Olivier, chacun en dit ce qu’il y entend.22 Mais ils ont eu beau jaser et mentir, si23 ne sont-ils venus à si bonne fin de leurs mensonges que les Gregeois.24 Car combien que25 l’aveugle Homere n’ayt tasché en tout son Alphabet26 que de bien mentir, si est-ce que27 luy est tourné à grand honneur par l’ayde de ceux qui ont cherché de belles allegories sur le pas d’une mousche.28
Ce que l’on pourroit aussi bien faire au livre de Morgand, ou de Fierabras sur lequel je commence faire un Comment tripartit, ou je fay de braves demonstrations lifrelophales29: tout se monstrera un jour.
Mais devant je vous veux faire la coppie de l’Histoire Fanfreluchique, ou vous trouverez que je ne suis pas de beaucoup si grand menteur que Pline en ses livres de la Supernaturelle Histoire,30 que Lucian en ses verissimes narrations de Fables: ne que Jean le Maire en ses magnifiques illustrations de Gaule, et deifiques singularitez de Troye, toutes mises en sa teste en dormant par le Secretaire des Dieux Mercure.31
Or sçay-je bien que ceste Histoire ne sera pas du tout parfaicte en gracieuseté, veu que la perfection des choses n’est jamais à leur naissance: et je suis le premier qui escris les faicts memorables des Barragouins.32
Toutesfois si ceste mienne Histoire se pouvoit trouver du tout vraye (chose presque impossible, veu l’incredulité du monde) je me pourrois aussi vanter à bon droict d’estre le premier qui l’auroit faict. Et je vous asseure que j’ay beau moyen de dire verité, si je le pouvois suyvre.
Car Madame Fanfreluche du temps que cecy se faisoit, n’avoit point de plus familier serviteur que moy, qui suis Songe-creux 33, ou que Songe-creux, qui est moy.
De l’amour de laquelle avec son amy Gaudichon, je veux parler, Histoire tres convenante à vous, Messieurs les gens de bien, appellez en latin VENTRES PIGRI,ou en Grec (J’ay appris du Grec, dea34 ???¼??? ?????35 apres que vous serez las de lire les Rabelairies de pantagruel.
Et nonobstant la Court n’entend point que vous aiguisiez la rondeur de vos esprits, pour y espelucher quelque poinct mis mal à poinct: car tout a esté faict pour vous faire rire,36 si vous ne voulez rire, pleurez, que m’en chault il?
Messieurs les Neosophes,37 qui jurez par la troupe des neuf putains,38 que noz risees contristeroient Democrite, je vous jure moy par la montagne qui ressemble à une mitre,39 et la petite fontaine qui ressemble un ???ç?é?40 que noz plainctes tant amoureusement hul lees,41 feroient rire les plus desesperément Heraclites42: perdonnez moy si je le dy, nous sommes aussi fols l’un que l’autre, que peussions nous trestous devenir bien sages.
Per omnia secula seculorum. Amen.


Comment Songe creux alloit au moulin avec Fanfreluche, et des propos tenus en chemin
Chapitre 1

Quand les grands Seigneurs sont semblables au Roy des Singes, duquel parle Esope en ses Fables,43 il leur convient avoir avec eux force44 flatteurs, et pour ce est-il qu’aucuns Historiens escrivans la genealogie de leurs maistres, ne faillent point à mentir pour (ce leur semble) decorer leur noblesse, laquelle du tout ne doibt estre estimee par là.
Mais quand45 a moy, ne pensez jamais qu’en vous racontant la tres ancienne genealogie de ma noble maistresse Fanfreluche, je vueille mentir aucunement.46 Car j’ay faict bon voeu aux Muses de ne mentir jamais (que je sçache, notez ce mot) en chair sallee, ny en beurre fraiz, et pour ce je n’en diray que le pure vérité, et ce qu’elle mesme m’en contoit une fois, qu’elle alloit sur un Asne au moulin, et je la suivois toujours à longé,47 en pensant à mes amours du temps passé.
Et elle me cria par une fois: -Songe-creux!-
Mais pource que je faisoye de beaux chasteaux en Espagne, je ne luj respondoye mot. Parquoy elle fut contraincte m’appeller encore par trois fois, en criant:
-Songe-creux, Songe-creux, Songe-creux.-
Alors, - Que vous plaist il Madame (luy respondy-je tout ravy).-
-Je m’esbahy,48 dit-elle, en quoy vous songez.-
-Je pense, dy-je, Madame, combien le Pape dict de matines en ses leçons.-
-Voyla de beaux propos, dit-elle.-
-Voyci beau lieu pour pisser, dy-je. Voulez-vous descendre Madame?-
-J’en ay grand envie, mon Quinault dresse les oreilles, et leve le groin comme une Truye qui va aux raves.-
-Nous pisserons, dit-elle, souz le nez de vous, prou49 à la maison. Mais dictes moy, que dit le Seigneur Gaudichon de ma personne?-
-Il vous prise fort, dy-je, Madame: je l’ay ouy jurer plus de cinquante fois son Asne, qu’il n’y avoit femme d’icy à Pariga, plus habile à manger soupe que vous. Mais il y a un mal, il me demande à tous les coups de quelle race vous estes, et je ne sçay que luy en dire.-
-Ma race dea, dit elle, vrayement Songe-creux, je vous veux conter ma genealogie, et tout mon petit fol train de jeunesse jusqu’icy.-
-Touchez là, dy-je, Madame, par la mort bieu50 j’en suis content: aussi bien ay-je envie d’en faire un petit mot de Romans à l’advenir.51 On en a bien faict un de Melusine52: Je vous estime bien autant qulelle, et plus encore, si vous voulez.-
Or sus donc dict Fanfreluche avant.

De la race, et genealogie de Madame Fanfreluche, et de l’amour entre Trigory, et la belle Bietrix
Chapitre 2

Alors madame Fanfreluche haussa son chaperon,53 et torcha ses babines qui escumoient de jolies, grosses, petites, braves baves. Puis commença entrer en son hault caquet, où elle me tint plus de trois grosses heures et demye, en disant:
-Je ne suis pas, mon amy Songe-creux, de si petite estoffe54 que vous penseriez bien. Il vous fault entendre, qu’il n’y a Princesse en tout le territoire de la Creuse, de plus antique race que moy, et ne sçay si vous avez ouy parler d’Adam.
Mais c’estoit un homme, qui en sa possession avoit autant de pays que Roy ny55 Empereur qui depuis luy ayt esté, duquel je suis descendue, comme par preuve suffisante je tesmoigneroye bien. Car ledict Adam eut un fils et une fille, lesquelz eurent des enfans, et les enfans d’autres enfans, et les enfans des enfans d’iceux enfans d’autres enfans, desquelz par ligne directe sont descegduz le grand pere du grand pere de mon grand pere, qui engendra Trigory mon pere, et la grand’mere de la grande mere de ma grand’mere, qui engendra la belle Bietrix ma mere. Par la donques, Songe-creux mon beau petit mignon, vous cognoissez la noblesse et antiquité de ma race. Maintenant je vous veux conter de l’estat56 de mes pere et mere car vous n’avez pas veu mon pere, pour ce que plus de sept ans avant que fussiez un estron chez nous, il estoit mort.
-Vous parlez trop entre voz dents (ce luy dy-je) mais quand j’entray en vostre service vous portiez encore le dueil de vostre mere la belle Bietrix.-
-C’est-mon57, dit elle, j’avoye mon grand coeuvrechef58 abbaissé sur mes yeux, de peur que les gens ne me veissent rire.
Mais pour venir au propos de mon pere, il vint du bas pays de Rusterie en ce Royaume icy59 des Barragouins, où il trouva ma bonne mere la belle Bietrix qui culetoit60 desia à double quarillon61 en l’aage de sept ans, de laquelle il devint fort amoreux. Et un jour de feste qu’il ne faisoit rien, non plus qu’aux jours ouvrans, il s’advisa de luy declarer sa pensee.
Pourquoy faire il l’espia62 en un quarré, où elle devoit passer pour aller chez le Vicaire, selon la coustume du pays, apprendre la maniere de faire les enfans. Incontinent qu’illa veit, il destacha son hault de chausses, et desploya son braquemard63 (duquel il faisoit toujours une demye douzaine de tours autour de ses cuisses, puis se retira quatre toises loing du mur, en faisant semblant de pisser. Et ce pendant, voyla ma mere passant par là, qui veit ceste belle denree, dont elle print si grand envie, que l’eau luy en venoit à la bou- che. Et par despit n’alla pas ce jour apprendre sa leçon, mais s’en revint soudainement: et au retour veit comme mon pere plioit sa marchandise, qui luy aggregea64bien ses douleurs.
Mon pere bien huict jours apres sçeut que ma mere estoit bien amoureuse, comme vous sçavez que le bruit est une chose qui bruit. Parquoy il fit donner par interposee personne un billet, où estoit escrit ce qui s’ensuyt:
J’ay un joly courtault,65 Madame,
Qui est sur le poinct d’enrager,
Et je vouldroye bien sur mon ame,
Trouver un lieu pour le loger.
L’on m’a dict que pour l’heberger,
Vous avez estable propice,
S’il vous plaisoit l’en soulager,
Le courtault vous feroit service.
Ma mere leut le billet, et entendit bien la menée: car à un bon entendeur (dict on communément) il ne fault qu’une charretée de paroles. Et elle qui sçavoit un bien petit de l’art Poetique du bon vieil temps,66 que les grands Seigneurs estoient petits naquets,67 et que l’on ne pindarisoit68 point encores, tascha en luy respondant luy donner entendre son vouloir par ce billet.
Mon estable pas tant ne vault,
Que vostre honnesteté merite
Mais la grand bonté du courtault
A la vous prester fort m’incite.
N’en faictes plus donc de pousuyte,
Ainsi emmenez ce galant vert69
Dedans mon estable bien viste :
Vous trouverez l’huys70 tout ouvert.
 
Voilà des amours tantost faictes, non pas ces chiarderies d’Amadis de Gaule,71de Grece d’enfer.
Mon père ayant leu cela, ne faillit de venir, et à son entrée alla brotequiner ma mere. De beau plain sault le luy fit cinq fois sans debloquer : puis se reposa un quart d’heure, et recommença de plus belle.
Vray est qu’il ne le feit que treize fois. Et sçavait vous comment ? à chacune fois il lui en balloit72 autant, qu’il en faudroit pou mettre en vostre souppe, pour le moins.
- Je ne pourroye coire cela, dy-je.
- Et comment diable, Songe-creux, dict-elle, croyez vous donc Mahomet, qui se vante de pouvoir contenter soixante femmes ? Et par Dieu je ne sçache femme qui se sceut passer qu’elle ne grappetast73 pour le moins une demye douzaine de bonnes fois la nuict, il y en a beaucoup qui ne se contenteroient à la douzaine toute entière. Mais prenons au plus commun, les coups monteroient à trois cens soixante par jour, ne sont-ce pas d’autres nouvelles?-74
-Mais je le crois, dy je là, comme autre-part.-
-Ouy, mais moy, dict elle, je ne daigneroy mentir.-
-Ha vrayement, ce dy-je, Sanctum, sanctam.-


Comment la belle Bietrix sçavoit assez jolyment bien boire et de la beaulté de Trigorv
Chapitre 3


Depuis qu’une fois (dict Fanfreluche) mon pere eust cogneu ma mere en la sorte que je vous ay cy dessus conté, il n’y avoit jour que l’on ne les veit tousjours deux ou trois grosses heures ensemble, et le plus souvent on les trouvoit aupres de quelques hayes exerçant leurs naturalitez75, asserablans76 les pieces de l’Androgyne77, faisant la beste à deux doz, ou bien au fond d’une taverne à boire d’autant78.
Car j’ay ouy jurer ma mere plus de cent fois la fique, que (Dieu mercy) elle ne craignoit homme vivant à (faire) faire un voirre net, ny à boire vin, fust il aussi grand beuveur que ce bon vieillard Athenien pere des philosophes moriaux, qui beuvoit toute la nuict, cepen dant que les autres dormoyent, comme j’en croy Aristodeme qui le raconte vers le loyal disciple79, ou que Alexandre de Macedoine qui avala en un banquet quarante voirres de vin valans vingt pintes80, car je pense que pour le moins son voirre tenoit chopine81, veu qu’en un leger moment elle se boit, selon la doctrine de nostre maistre Coenalis, qui en celuy endroict parle en beveur Magistronostral82, c’est en sa Rapsodie des poix et mesures83
- Ne craignoit, dy-je, à boire, fust à brotequine, ou à la levre torse, ou à boire sans mettre le nez au voirre, ou à la teterelle, ou à humer84, le vin comme une souppe, ou à lapper comme un chien, et en lappant avaler deux ou trois pintes de vin à la mesure de Flavigny85, ou à boire à la poincte d’un cousteau, ou en une creuse de noix, ou en un chaussepied86, ou en une pantoufle, ou au pot, ou au thutor, que les Barragouins appellent une Chievre87, ou en un chalumeau de l’herbe, que le Calloyer des isles Hieres88 appelle bien nouvellement, Pantagruelion89, ou en un de paille, ou en une gaine de cousteaux, ou en des mitaines, ou en un flascon, ou en une bouteille, ou en une tasse, ou en une escuelle de boys, ou en une d’estain, ou en une salliere, ou en une fiolle90, ou en un chandelier, et en autres mille petits instrumens: comme un entonnoir, une cuillier, un moustardier, une casse, un tranchoir de bois, un bassin, une lampe, un cornet d’escritoire91, aucune92 fois le calemard93 y servoit bien, une boëte94, un canon de haquebutte95, un chappeau, un estuy de peignes, une brayette96, etc.
Et notez que jamais elle ne faisoit si petite collation97 qu’elle ne beut douze fois en faveur de son amy, qui s’appelloit en Latin (elle entendoit quelque peu Latin) Ioannes Gippo, plusieurs pensoient qu’elle le feit en l’honneur des douze signes98, mais au bon repas elle beuvoit douze douzaines de fois: cela luy venoit de bon coeur, dy-je.
Mais je suis esmerveillé de ce que les Barragouynes boyvent tant de vin, attendu que jadis les Romaines et Italiennes l’estimoyent contraire à leur pudicité.-
- Hercules, dict-elle, passant par Gueulle seiche, ville de Barragouynois, avoit le gosier fort alteré, et estoit en danger de faire la mort Roland99 (duquel vous avez veu la prose Poetique) sans une bonne commere qui le feit boire à plein gobelet, pour l’amour de laquelle il bailla privilege à toutes nous autres Barragouynes de boyre nostre benoist saoul, sans mixtion Staphilique100, ceste venerable purée de Septembre101, laquelle au paravant il avoit defendue aux Bourgeoises de Croton, en despit de la fausse vieille qui luy cacha sa bouteille.-
-Or poursuyvez le reste de voz nouvelles.-
-Je suis apres102, dict-elle, que vous estes chauld pour abbreuver. Vous ne sçavez attendre qu’une rave soit cuicte. Ma mere pour la grande familiarité qu’elle avoit à mon pere, luy changea son nom de Jean Gippon, et commença à l’appeler Trigory, quasi Tresgorier103.-
-Voyla aussi galande104 etymologie (dy-je lors) que celle de Paris Guilori, quasi Guigne aureilles.-
-Ma foy, dict-elle, aussi estoit il tres-gorrierement habillé à la façon de son pays.
Il vous avoit tout premierement un beau gros chappeau de feurre105 tout neuf, ou autant vault, car il n ‘y avoit que dix ans qu’on commençoit à le porter. Puis une belle blaude106 de grosse fine toile, soubz laquelle il avoit une bien gorgiase107 jaquette de bureau108: mais jamais on ne le sceut desgarnir de poulx, quelque pouillement qu’on y feit.-
-Peut estre, dy-je, tenoit il à ce que ont dict aucuns anciens escrivains de l’Agriculture.-
-Aquoy? dict elle.-
-Que la laine, dy-je, dont fut faicte la robbe estoit d’une brebis où le Loup avoit mis la dent.-
-Donc, dict Fanfreluche en poursuyvant, avec ses guestres, et sabots, non sans raison, pour sa gorgiaseté reçut ce nom de ma mere, laquelle ne voulut plus differér de se conjoindre avec luy par mariage. Parquoy fut accordé en se fiançant par parolles de present109,que le Dymanche suyvant ils accomplyroient leur mariage selon Dieu, nostre mere saincte Eglise, et la Loy de Rome.-

Comment le mariage entre Trigory, et la belle Bietrix, fut accomply en grand’difficulté et de la disputation surce
Chapitre 4


- Le dimanche venu auquel jour il falloit celebrer ledict mariage apres la remonstrance faicte au peuple de la dispence des Bancs, qui avoit cousté plus d’un escu110. Le Prestre poursuyvant à la benediction, proclamant pour la derniere fois, que si aucun sçavoit raison pourquoy ledict mariage ne se deust accomplir, qu’il le dict, autrement il le denonçoit pour excommunié111: voyci un Barragouyn qui se leve, disant, que le mariage n’estoit legitime, attendu la minorité d’aage de ma mere, qui audict temps ne eust sceut avoir plus de sept ans, quatre mois six jours, dix heures et demye, et peut estre quelques huict minutes et un quart.
A raison dequoy le prestre n’osa proceder oultre, et furent contraincts mesdicts pere et mere remonstrer leur affaire par devant monsieur l’Official112. Lequel sçachant l’aage de madicte mere vouloit proferer sa sentence de la nullité dudict mariage, sans un bon vieil escervelé advocat, lequel plaida, que neantmoins113 que ma mere ne fust en l’aage de douze ans, si estoit elle aussi114 suffisante pour endurer son homme, qu’une de quinze requerant sur ce pour toute preuve l’inspection de son corps, alleguant une grande brouillerie de ff ff115, pourquoy ce faire on devoit. Et ne contredisant à ce le procureur, qui estoit bien aise de jouyr de ce gentil spectacle, fut ordonné qu’ainsi se feroit. Et apres que la partie des basses marches116 fust trouvée bien à poict, garnie de poil long à l’avenant, et le serment receu de ma mere, sur ce qu’elle disoit qu’il y avoit plus d’un an et demy qu’elle remuoit le cuI en femme de bien, fut ledict mariage approuvé, et decerné mandemant au Prestre pour aller avant.
- C’estoit la raison,117 dy-je, car combien que la loy autrefois ayt voulu que en l’aage de douze ans la fille, comme au fils à quatorze, fust communement estimée puberte, j. Inst.de nupt. L. qua aetate. ff. de testa.118
Si118 n’a elle pas ignoré que les uns y viennent plustost, les autres plus tard. minorem. in fin. Instit. de adopt. ubi etiam Theoph.120 Et les Jurisconsultes mesme font adverse et variable constitution de puberté. Car aucune121 fois ils la constituent en l’aage de douze ou quatorze ans, comme dessus, aucune fois en l’aage de dixsept, comme pour postuler, l.j.~. initium, ff. de postu.122 ou en manumission. ff. si Instit. quib. ex causam,123 aucune fois dixhuict, comme aux legats d’alimens, l. Mela. ff. de aliment. legat.124 selon la convenance des matieres. La raison pourquoy ce fust constitué, estoit pour ce que devant ce temps on ne voyoit personne en puberté, mais celle raison faillant, ne faudra pas aussi la loy ? Ouy, certes, l. quod dictum est. ff. de pact.125 Car elle sera morte, c’est à dire, sans son ame, qui est raison, comme dict Bald. Et ne sera pas loy destituée de raison. Veu qu’aucune loy n’est sans raison, comme je collige,126 l. Domitius. ff. de testa.127 D’autre part, celle loy fust faicte en faveur et compassion de celles qui devant c’est aage ne peuvent souffrir l ‘instrument d’un homme entre leurs cuisses dict, ~. j. Instit. de nupt. in dictione, Viri potentes.128 Mais le cas advenant qu’une femme puisse faire le tour du vent devant, ou bien que pour appetit de le faire, elle fust en danger de maladie, seroit-il necessarie d’attendre douze ans ? Nenny pour certain, ou j’ay mal entendu la, l. nulla iuris ff.de legib.129 et la, l. quod _favore. C. eodem.130

Mais si vous aymez mieux croire Messer Barto131. Regardez qu’il vous dira, in_l. in pupillari, ff. de vulg.132
- Ouy, ouy (ce dict alors ma maitresse Fanfreluche) parlez tres bien Latin, mon amy Songe-creux: lcy avez trouvé vos gens pour vous respondre pertinemment. -
- Or pardonnez moy madame, dy-je, par ma foy je pensoye estre à Valence133 avec les bons frelaux mes compagnons Roberts134, à faire comme nous soulions sortir de la lecture de ce tresadmirable docteur monsieur de Coras Tholosain135, lequel j’ay ouy appeller en compagnie de doctes gens, le plus subtil des eloquens docteurs, et le plus eloquent des subtils: outre ce qu’il est grand vindicateur de verité. Mains mon Dieu, quelle grace a-il à enseigner methodiquement toute la science du droict confuses par les innumerables brouillards de nos vieux peres ? Parquoy j’ay de luy autrefois faict ce distique Latin.
Multa docet paucis, claris, obscure Latinis Barbara, quam magni est hoc opus artificis
Et en François ce quatrain.
Longue dispute il comprend briefvement
Propos barbare il tourne en beau langage,
Sentence obscure il monstre clairement.
O que c’est là d’un bon ouvrier l’ouvrage.
Ha que j’ay grand envie de l’ouyr encore.-
- Je vous donneray, dict elle en brief, s’il plaist à Dieu, moyen de l’ouyr tout à vostre aise: et si vous estudiez bien vous serez grand maistre.-
- Comme quoy? dy-je.-
- Com’sellier, dit-elle, ou maistre des Raquetes, ou bien aurez quelque office de naqueter (je pensoye dire, d’enquester) ou d’autres136.-
- Je vous remercie de tresbon coeur, dy-je, Madame. Mais je vous ay rompu137 vostre propos. Je croy que vous estiez au poinct que Monsieur l’Official approuvoit le mariage.-
- C’est tres bien dict, dit elle, et sur ce pas Monsieur l’Official mena avec soy ma mere en son estude138. Les uns dient qu’il rembourroit son bas, les autres qu’il l’admonnestoit139 de sa conscience, et comment elle devoit entretenir son mary. On dict toutesfois que je fus là bastie, et que je semble ledict Official, comme une mouche.
Quoy que ce fut le mariage fut celebré au dimanche suyvant: où furent bien trompez un tas de petis rustres, qui estoient venus tout expres pour serrer l’esguillette140.
Car ma mere portoit un billet sur soy, qui empesche la vertu141 des alligations magiques142, venins, fumigations, collyres143, fascinations, exorcismes, characteres144, et de toutes autres diableries, jusques à empescher de jouer un bateleur, et de faire sortir de enfer les Jurisconsultes au Necyomantien de Tholoze145.-

De la noise entre Trigory, et la belle Bietrix, de l’appoinctement, et de la naissance de Fanfreluche
Chapitre 5


- Les nopces faictes, mon pere Trigory s’entretint paisiblement au petit possible146 avec ma mere la belle Bietrix, environ l’espace de quinze jours, lesquels ne furent pas expirez, qu’un chascun d’eux de son coste se repentoit.
- Ils ne gaignerent donc pas (ce dy-je) le pré des moloises, qui est en nostre pays, pour ceux qui sans se repentir peuvent demeurer un an en mariage.
- Mesmement un jour entre les autres (dit elle) il la menaçoit de s’en aller en son pays de Rusterie,et elle luy responcdit: “Au diable puissiez vous aller”.
“Mais vous demeurer (ce disoit il) pailarde au diablet ” “Mais vous (disoit elle en lisant son Calepin147 d’injures) abateur de poulx, abbé de maulgouver148, affecté149, aliborun, amoureux de bretaigne, ange degreve150, apporte barbet, arracheur de dents, avaleur de merde, babouyn, babillard, badault, badin151, bredin, baudet, belistre, baguenaudier, bateur de gens, bestre chaussée, bedault de marmite, besin, bobelineur152, bourreau, boyteux, bossu, boussillon, bureau de l’Auxois, buson, baisecul, coquin, clabault, chastré, coillon gris, cares’entrant, dandin, dos d’asne dasticot, drilleur, ennemy de noblesse, ennassé, fils de putain, flateur, fol, flaire-gasteau, galle bon temps153, gautier154, gueux de l’hostière155, Guillemin campeine, happe lopin156, heretique, jossé, lutherien, lanternier, laveur des trippes, Martin l’asne, meschant, malheureux, mache-merde, poureuy”.
Et vouloit poursuyvre toujours selon l’ordre de l’alphabet, si mon pere qui touvoit cela long et fascheux, n’y eust mis la fin par deux ou trois bons coups de baston, qui la feirent taire bien soudainement.
- Voilà mon cas, dy-je, je me suis tousjours laissé dire que les femmes, et les enfants ne
peuvent trop estre batus.-
- Depuis (dit-elle) ma mere fut sage, et non si preste à fascher mon pere, qui reciproquement la traictoit humainement, et culebutoit à dire d’ou venez vous (qui est le seul moyen d’appaiser une femme courroucée) tant que neuf mois apres que ma mère fut en propos de me mettre au monde, et feit venir une bonne femme157 (chose bien rare) pour faire tout le mystere158 : et sçachez que je vins bien plaisamment, tant que ma mere en rioit de fine force qu’elle estoit malade de la douleur des dents, et non pas d’enfant.
Aussi ma mere avoit beau pied et large, et la palme de la main bien estendue, ou le triangle estoit bien faict: tous signes (à ce qu’autrefois luy avoit dict à Bologne un grand Clerc Italien bastard, nommé Messer Barthelemy Cocles)159 d’avoir belle playe en son coufin, et par consequent d’enfantement facile.
Or pour venir au poinct, quand je sçeu qu’il y avoit si bonne compagnie qui m’attendoit aupres du feu, je me hastay le plus qu’il me fust possible de venir, et culetois tousjours pour me pousser avant, tellement que quand je fus dehors je culetoit encor, et mettoye le doigt entre les fanfreluches de mon chose.
Quoy voyant la faulsse bonne mere: “Regardez (dit elle) un petit ceste fille, comme elle met desja la main aux fanfreluches de son”.
Elle disoit tout outre, mais je n’oseroy dire.
“Il est par la mort - bien vray (ce dict mon pere) et pour ce je veux qu’elle ait nom Fanfreluche, et non autrement retenez bien le nom (dict il aux parrains et marraines)“.
“Il n’y aura point de faute, dirent ils”. Et pource fut il ainsi faict.
Car quand le prestre disoit: “Nommez-la,” - “Fanfreluche”- dirent ils. “Benedicite - Dominus”, dict le prestre, “Je n’avois onques160 ouy parler d’un tel nom en ma vie”.
Et apres que je fus baptizée, voyant qu’il ne me pouvoit oster les mains des fanfreluches, (puis que Fanfreluche a nom) commença d’un esprit poëtique, dire ce qui s’ensuyt:
Celle qui est aujourd’huy née,
Jusques à la mort durera,
peut estre sera fortunée,
Et peut estre elle ne sera.
S’elle faict bien, bien elle aura,
Le reste Dieu à soy reserve:
Mais je pense, qu’elle aymera
Un peu plus Venus que Minerve.
Puis revindrent mes parrains et marraines à l’hostel161, disant à mon pere que j’estoye Chrestienne, et bien baptizée, et que j’avoye eu en mon baptesme une benediction plus que les autres, qu’ils entendoient de ce que le prestre pour la nouveauté du nom avoit dict, Benedicite - Dominus.
Ce qui entendant mon pere se print à rire, qu’il en chia en ses chausses, en mangeant sa souppe.

De l’enfance de Fanfreluche
Chap. 6


- Des aussi tost que je fus née en la sorte que je vous ay cy dessus conté, mon pere feit venir une grosse matrone; de nourrice pour me faire teter: car ma mere disoit, qu’elle m’allaicteroit volontiers, et ne craindroit point la peine de me tenir entre ses bras, de me torcher, voire baiser le cuI, de la garder de soupper, de dormir, de faire le jobelin de nuict, ny de mille autres tourmens qu’endurent les pauvres pucelles qui nourrissent les enfans. Mais elle estoit venue de si grande noblesse (comme je vous ay dit) que le monde s’en fut moqué, veu que moindres qu’elle avoyent bien des nourrisses.
Car dès ce temps en Barragouynois, les vilains commençoyent desja de se priser autant que les Gentilshommes, depuis leur audace est bien venue avant: mais je croy que ce n’est seulement icy, ains en beaucopup d’autres lieux.
Et vrayement puis qu’il m’en souvient, j’ay ouy dire à mon pere qu’il estoit venu expressément aux pays estrangers, pource qu’en son pays de Rusterie, vous n’eussiez sçeut cognoistre une Damoyselle entre les autres.-
- Il ne seroit pas mal faict (ce dy-je lors) d’en advertir le Roy, pour y mettre ordre.
Car la confusion des Estats ne porte pas petit prejudice à la chose publique, et seroye d’advis qu’elles fussent punies comme sacrileges, l. I. C. ut dignit. or. servetur, lib. XII162.
Car c’est si grand cas163 de noblesse, que je ne puis croire, que ce ne soit celle tresparfaicte dignité, qui ne doit point estre empeschee de marchandise164, ny d’affaires viles, de laquelle parle l’Empereur165, in l. unica, C.de perfectiss. dignit. lib.XII166
- Vous dictes vray, dict madame Fanfreluche, mais c’est encores pis, qu’elles mesprisent les bonnes ordonnances du Roy. Vous diriez qu’elles ont augmenté leur estat, par despit de ce qu’il l’avoit defendu167.
Mlais laissons cela, et parlons de ma nourrice, qui n’eust pas long temps peine de moy, car au bout de trois mois, un jour qu’elle faisoit grand chere, en beuvant d’autant avec ma mere par maniere de passe-temps, elle me feit boire en son voirre de vin tout pur, lequel je trouvay si bon à mon goust, que depuis on ne me sceut faire oncques boire laict, ains d’iceluy feis eschange a liqueur Bacchique, laquelle au dire des preudfemmes168 m’a bien aiguisé l’entendement.-
- Iuxta illud, ce dy-je, Bonum vinum acuit ingenium.-
- Et aussi du temps que je commençoye à babiller, dict-elle, c’est à sçavoir, à deux, trois, et quatre ans, chacun disoit que j’ estoye la fille la plus sage, du meilleur esprit, et de plus belle contenance que fille qui fust en tout le pays. Car on ne m’eust pas dit ho, que je n’eusse respondu, merde. Je bailloye à chacun vos fievres quartaines169, sans oublier qui vous puisse serrer170.
J’appelloye tout le monde, voire mon pere mesme, Bastard, fils de putain, cornard, coquu, meschant, brigand,larron. Je sçavoye desja bien jurer Dieu, je tiroye la langue à tout propos.
Quand j’estoye à la table, si l’on ne m’eust donné du meilleur, je m’enfumoye si fort, que je jetoye voirres, plats, escuelles, tranchoirs, et tout à bas: et autres petites semblables bonnes et honnestes complexions, que ma mere m’apprenoit: desquelles encore maintenant quand il vient à propos je me sçay bien ayder.-
- C’est tresbien faict, dy-je, aussi croy-je que c’est ce que veult dire Horace, quand il dict:
Quo semel est imbuta recens servabit odorem testa diu.171
- Et qu’est à dire cela?- dict-elle.-
- Je pense, dy-je, Madame, que c’est à dire,
Qui en un pot tout neuf voudroit chier,
Puis le laisser tant qu’il eust beu l’estron,
Il auroit beau le netoyer:
Car de long temps il ne sentiroit bon.
- He diable que ces Poëtes sont sales, dict- elle, ils parlent aussi grassement que font les Nonnains172 quand elles sont ensemble à faire des andouilles.-
- Comment sçavez vous que les Nonnains ont celle coustume là? dy-je.-
- N’y fus je pas mise, dict-elle, en l’aage de sept ans pour apprendre mes heures? J’y ay demeuré deux ans.-
- Vous me conterez donc ce dy-je, s’il vous plaist de leurs besongnes173.-
- Ouy dea, dict elle, j’en suis contente, et de leurs besongnemens avec.-

Comment Fanfreluche fust mise en Religion, et du gouvernement des Dames
Chapitre 7

- Vous sçavez bien, mon petit, couillaud174 Songe-creux, une religion175 d’infames aux haultes montagnes de crolecul en Barragouynois de la reigle commune. Ma mere avoit là une sienne amye nommée soeur Tarteulle: qui avoit esté esluë Sous-prieuse, pour ses merites, et la grande saincteté qu’en elle estoit.
Celle bonne Dame manda176 par plusieurs fois à ma mere, que elle avoit entendu que j’estoye d’un si grand esprit, et avoye les bonnes complexions que je vous ay dict: lesquelles (ainsi que elle disoit) se pourroient en conversant avec les vertueuses Nonnains, de beaucoup augmenter, ou (pour le moins) continuer.
Ma mere à ceste cause delibera m’envoyer en ladicte Religion un fin jour de Dimanche gras, apres que elle eut ouy Messe: car elle avoit ceste bonne coustume de ne faillir jamais à la Messe le Dimanche.-
- Aussi est-il commandé, ce dy-je expressément, in Canon. Missas, de consecrat. distinct. j.177-
- Et pensez, dict elle, que quand je fus là, ma bonne Tante, ainsi a l’on accoustumé en Religion d’appeller les Dames, n’eust rien plus beau que me baiser en disant: “Or ça, ma petite doucerte178 niepce, estes vousvenue? mon petit belon179, mes amours, mon coeur gauche, voulez vous estre religieuse?” “Jaques nenny”. “Et pourquoy donc?” “Pour ce que vous n’estes icy que des femmes, je ne verroye jamais homme en ma vie: pensez vous comment je seroye bien à mon aise! Et dequoy serviroit mon petit chose, que mon pere à dict, qu’il feroit180 un jour aussi bien que celuy de ma mere?” “Et que faict donc celuy de vostre mere, mamye?” “Qu’il faict dea? Que gaigneroye-je le vous dire, quand vous n’entendriez pas le faict”.
A ces parolles toutes se prindrent à rire, quasi en disant, qu’elles l’entendoient mieux que moy.-
- Ouy (dy-je lors) car par adventure en avoient elles veu un cas posé.-
- Ha non, dict-elle, elles n’oseroient, elles sont trop sainctes, et font trop grande penitence. Je vey que le jour mesme de Caresme-prenant, au diable l’une qui eschappa, sans se faire bailler la discipline181. Et au lieu que les autres femmes du monde font grand chere ce jour là, les pauvres Religieuses portent la haire tant de nuict que de jour, et baillent en chari té au premier qui leur demande l’aumosne de tout ce qu’elles ont.
Chascune d’elles s’en alla en son Oratoire avec un bon frere de confesseur scavant, et qui entend bien la maniere de confesser, et ne s’en alloient jamais lesdicts beaux peres, sans bailler la solution de deux Brelingues182 pour le moins.-
- Font elles point; ce dy-je, comme j’ay autresfois leu la Comedie des abusez, faicte par les Intronati de Senes? depuis traduicte de Tuscan en François par Charles Estienne, homme duquel la naissance faict grand honneur à Paris183.-
- Que disent donc (dict ma maistresse) ces benoists Intronati des Religieuses?-
- Il me semble, dy-je, avoir leu là dedans. Qu’en une Religion appellée (si bien m’en souvient) de saincte Crescence, en la ville de Modene, les Dames ont de faux habits de page, pour aller presenter leur service de jour et de nuict aux Chanoines et venerables de la ville.184-
- Ha! Que dictes vous! dict-elle. Oseriez vous bien penser, que celles d’icy, aupres fussent de telle sorte? Des autres je ne m’esmerveille pas: consideré qu’elles sont Italiennes, mais les Barragouynes, Jesus! Plutost les viendroient voir des hommes en habites de femmes. Comme j’en veis une fois venir vers ma Tante une, qui demeura avec elle en sa chambrette derriere185 plus d’une heure à faire des contes.-
- Mais à enfiller des patenostres, dy-je.-
- Je ne scay par ma foy à quoy faire, dit elle, mais je trouvay le lict de ma tante bien en ordre, qui me donna grande suspicion de l’ affaire .
Car desja je me jouois avec un petit Ganimedes186, qui demeuroit là aussi, et son petit je ne scay quoy, qui ne estoit moins gros que le petit doigt, bandoit desjà à fine force.
Nous commencions desja une nouvelle sorte de religion au rebours l’ordre de saincte Brigide.-
- Comment cela? dy-je.-
- Saincte Brigide, dict elle, faisoit mettre les Religieuses en hault, et les Moines en bas, nous mettions Religieux dessus, et les Nonnains dessouz.
Mon dieu, combien de fois nous ont trouvé les Religieuses l’un dessus llautre, jouans aux chausses madame, et le plus souvent ne faisoient pas semblant de nous veoir, pour en avoir le passe-temps, et puis en faisoient de beaux contes ensemble.-
- Mais que vouliez vous dire tantost, dy-je, de ces Andouilles?-
- Mon amy, il vous fault entendre, dict elle, que quand on faisoit- des Andouilles en la Religion, toutes les Nonnais s’assembloient, et là se reprochoient187 l’une à l’autre l’instrument de leurs amys.
Messire Jean l’a il si gros, ce disoit une. Mais Messire Pierre, respondoit l’autre. Mais monsieur de Belleleure (venoit dire une autre affectée) l’avoit aussi gros que ceste cy?
Sainct Jean, disoit une autre, qui en pourroit trouver un de telle mesure que ceste cy (elle monstroit une adouille aussi grosse que vostre bras, de trois pieds de long) je voudroye estre la patiente, me deust il couster mon coeuvrechef.
Voyci droict celuy de Messire Guillaume (disoit soeur Jeanne). Celuy de Messire Jacques (disoit soeur Jaquette) est aussi renfroigné que ceste cy. Si est bien celuy de frere André, disoit soeur Philippe.-
- (Et celuy de frere Estron) dy je, sont ce les beaux propos que doivent tenir celles, qui se disent avoir laissé le monde pour vouer chasteté à Dieu?
Ne doit pas bien maintenant pleurer l’Eglise: veu que pour les meschans, il fault que les bons souffrent beaucoup de maux? Pour telles maudictes religieuses que celles là, les prudes et saintes Nonnains sont blasmées pour un tas de Caphars, desquels parle là, Clement, abusionibus, de poeniten, et remiss188.-
Chacun crie189 apres les bons Prestres, tant reguliers que seculiers, dequoy la Republique190 est bien interessée.-

Du trespas de Trigorv, et fin du sermon de Fanfreluche
Chapitre 8

- Quand je fus venue de religion (ce dict Madame Fanfreluche, en reprenant sa parolle) j’estoye tant sage, que c’estoit une grande pitié. Quand ma mere me appelloyt, j’avoye si grande peur de faillir, que je ne scavoye bonnement191 que dire.
Et me demanda du premier coup, si je vouloye estre Religieuse: mais en ne disant mot, je feis bien signe que je n’en avoye point de volonté.-
- Contre la reigle de droict, dy-je, Qui tacet consentire videtur. De regul. iur. in vj192.-
- Je vous prie Songe-creux, dict elle, ne parlez plus Latin entre193 les femmes, et me laissez parler, ou dictes que vous n’en ferez rien. Car comme disoit frere Gribouille en plaine chaire, il vaudroit mieux chier en la gorge du prescheur, que ne le vouloir escouter:
et ce disoit il au jour de l’enterrement de mon pere, qui fut un demy an apres mon retour, où il feit un beau sermon funèbre, et prescha merveilleusement bien au gré de ma mere, pour ce qu’il disoit, que qui ne faict rien le Samedy, ne fait point de mal, et puis composa des rythmes194 en vers pour l’Epitaphe de mon pere, en ceste sorte:
Il gist un homme en ceste place,
Duquel tout le monde est marry:
Las! il avoit si bonne grace,
Et estoit un si bon mary.
Sçavez-vous qui? c’est Trigory,
Trigory, duquel oncques plaid195,
Ny long procez ne fut nourry,
Dieu le sauvera s’il luy plaist.
S’il luy playst, le bon Sire, il le mettra en son benoist Paradis: car c’estoit un vray homme de bien, et qui contentoit bien ma mere, aussi l’aymoit elle surtout rien196, et en mourut de regret bien huict ou neuf ans apres: qui fut paravanture un demy an avant que veinssiez en nostre maison.-
Sur l’instant que madame Fanfreluche disoit ces paroles, sans adviser où son Asne alloit, elle se trouva aupres du moulin, et je la mis à bas, non toutesfois sans la taster courtoisement, honestement, couvertement, secrettement, et bien là tout droict où je sçay que gist le lievre.
Et puis feimes mettre nostre bled en la tremée cependant nous allasmes esbatre pres d’un buisson, le bled moulu, nous nous en retournasmes.

De Gaudichon. et comme il fust envové à Paris
Chapitre 9

- J’ay grande peur que quelques gens chatouilleux des oreilles, viennent icy crier apres moy sur ce qu’en vous faisant le conte de ceste tresveritable Histoire, j’ay à leur advis trop demeuré sur le propos tenu à moy par madame Fanfreluche: veu que selon ce que j’ay devant dict, mon intention soit d’escrire l’amour d’icelle Dame ma maistresse avec son amy Gaudichon.
Et pour-ce voudroient-ils dire, je ne devoye tant de chose premettre197, ains au premier chapitre entrer en la matiere.
Couvrez vous198, Messieurs, c’est tresbien parlé à vous, mais si vous ne scavez la cause pourquoy je l’ay faict, escoutez, et vous la scaurez.
Si Madame ma maistresse eust esté de ce pays, ou femme que vous autres eussiez peu cognoistre facilement, je n’en eusse faict si long proces, mais ma maistresse est estrangere et Barragouyne, pourquoy vous a esté necessaire vous escrire amplement. Premierement de sa genealogie, puis de ses parens, et consequemment de son enfance, et en dernier lieu du trespas de sesdicts parens.
Maintenant fault encores (deussiez vous pisser vinaigre) devant qu’entrer en matiere, vous faire scavoir de l’estat de monsieur mon bon maistre le Capitaine Gau- dichon.
Je l’appelle mon maistre.
Premierement, pource qu’il a serré la croppiere199 a ma maistresse.
Item, pource que je l’ay servi avant qu’elle.
Item, pource que le mariage s’accomplira si Dieu plaist.
Item, pource que je suis prest à luy faire services.
Et pour d’autres causes que cy apres vous orrez.
Ledict seigneur Gaudichon estoit du parentage de la Roine Gilon de Croquelardie, qui est un pays affrontant d’un costé en Barragouynois, comme gens curieux pourront veoir en la mappe du monde.
Il estoit de bon pere et de bonne mere, (comme je croy, s’il n’appert du contraire) ausquels pour le moins il estoit bien tenu, d’autant qu’ils l’avoyent entretenu aux estudes.
Car je dy, avec ce Terentian Mition, qu’il y a deux manieres de peres: les uns sont peres de conseil, les autres de nature. Et puis qu’à l’un et à l’autre tresgrand honneur est deu, iuxta illud.
- Parentibus atque magistris.
S’il advient qu’un mesme soit en ces deux manieres pere, quel honneur luy doit son fils? Comment le doit-il aymer? Combien est-il tenu à luy?
Ainsi que feit le bon Happe-bran pere de Gaudichon, lequel aymoit trop mieux acquerir à son fils vertu et richesse eternelle de sçavoir, que les thresors et grands biens de ce monde, desquels la forte fortune se jouë en disant:
Sic volo, sic iubeo, sit pro ratione voluntas200.
Qui fust la raison, pourquoy les anciens Ethniques201 luy dirent.
Te una deam facimus,caeloque locamus202.
Dequoy en passant le temps, j’ay autresfois faict ce que s’ensuyt:
Ces usuriers, ces riches, ces folastres,
Qui de leurs biens mondains se glorifient,
Abusez sont comme les idolatres,
Qui en leurs dieux d’or ou d’argent se fient,
Encores plus, car les Ethniques dient,
Que tous leurs dieux servent de demonstrance
Au genre humain de sa feible puissance:
Comme ils ont faict leur deesse Fortune,
Pour demonstrer qu’en thresors ny chevance,
Les hommes n’ont authorité aucune.
Rhamnusia203 aussi qui en est une,
Vengeance prend de ces fols glorieux,
Qui pour avoir un petit de pecune,
S’estiment plus que les Anges des cieux.
Et pource il vault beaucoup mieux (disoit ce bon vieillard Happe-bran) mettre aux jeunes gens des chasteaux en leurs testes, qu’en leurs terres: pource que Fortune n’y a point de pouvoir, mais au contraire, ils ont sur Fortune puissance, veu qu’en despit d’elle, leur esprit ne perd jamais le fruict de contentement, qui vient par la cognoissance de la vanité des choses mondaines, et l’esperance du bien promis aux bons.
Or pleust à Dieu, que tous les peres en feissent aussi bien leur devoir que celuy là. Car incontinent que Gaudichon sceust quelle beste c’estoit que Partes orationis: il l’envoya (fouet et devant) à Paris, où il apprint de belles besongnes, comme cy apres vous pourrez lire, si vous n’estes aveugles.-

De l’estude de Gaudichon à Paris
Chapitre 10

- Quand Gaudichon fut à Paris, on le mena tout droict sans broncher au College de Bourgogne, souz la charge de monsieur Guillaume Bernard, principal, d’autant bon sçavoir, et vertu qu’autre qui fust pour lors en l’Université204.
Là Gaudichon devint bien grand clerc en matiere de jouer sur les tecles à la paume, ou de prophetizer quelques baguenauderies aux latrines durant les leçons, ou frapper l’un et pousser l’autre, ou de pintaser205 ad libitum, et mille autres juppineries206. Ce neantmoins, il ne laissoit de bien profiter en erudition, pource que il avoit la teste tendre, et facilement on y pourroit faire entrer tout ce qu’on vouloit.
Et en cas qu’il n’y voulust entrer, l’on le faisoit entrer par derriere: tellement, qu’en moins de dix ans, il sceut tous les Fesse-culs de Grammaire, les Abuse-grues de Rhetorique, les Badauderies de Logique, les Farces moralisees des Etniques, les Coques-segones207 de Physique: ainsi que magistralement elles sont enseignees à Paris. Et fut passé magister juré, l’an mil cinq cens quarante trois, en la rue au Foirre208, en une salle qu’il fit faire expressement, appellee maintenant la salle de Croquelardie: pource qu’il n’y en avoit point de celle nation: et fut faicte reclamantibus Northmanis, qui disoient, que les Croquelardons estoient de leur nation.
Si vous entrez en ladicte Salle (car je croy qu’elle y est aussi bien qu’elle fut jamais) vous trouverez escrit en grosse lettre: V I V A N T C R O Q U E L A R D O N E S.
Et au dessouz.
Fundavit Gaudichonius de croauelardia.
Or apres que Gaudichon fut ainsi grand clerc, il en escrivit à son pere tout le tu autem209, lequel n’en fut que bien joyeux, et luy rescrivit une lettre, dont la teneur s’ensuyt.
J’ay receu tes lettres, Gaudichon mon enfant; par lesquelles si ce que tu dis est vray, j’ay sceu que tu n’avoit pas mal employé ton temps, ny mon argent. Laquelle chose est une entre les autres, qui me peut donner plus de joye, et meilleur moyen de prendre la mort en gré, quand elle viendra.
Toutesfois mon amy, ce n’est pas tout de commencer, combien que le commencement (selon Aristote) au chapitre 7 du premier des Ethiques semble estre plus de la moitié du totage210: il faut neantmoins par achever211:car c’est la fin qui couronne l’oeuvre.
Si tu venois au monde, avec tout le sçavoir que tu as, tu n’y pourrois avoir aucun degré de dignité: car nous n’avons que trois fautes par les professeurs, desquelles le monde doit estre regy: Theologie pour la religion, qui apparient à l’Ame. Medicine, pour la santé, qui appartient au corps.
Le droict, pour la societé humaine, qui appartient à l’ame, au corps, et aux biens exterieurs de fortune. Regarde donc laquelle tu aymeras mieux suyvre de ces trois, et je te promets.
Qu’en cheminant du pied qu’as commencé,
Tu ne faudras par moy d’estre avancé.
Tu m’en escriras ton advis, ce pendant je t’envoye cent escuz, et prie Dieu qu’il te conduise au bon chemin, lequel te menera à Verité, afin que de la verité tu parviennes à la vie. De Tirebroche en Croquelardie ce a. jour de Mars, 1543. Et au dessouz estoit escrit Ton pere Happe-bran.
Ces lettres receuës, Gaudichon delibera laquelle faculté de ces trois luy seroit mieux duisante.
Le conseil de ses amis estoit d’estudier en Medecine soubz monsieur Sylvius à Paris212. Car d’estudier en Theologie, disoient ils, cela est trop long, et puis vous ne voulez pas estre prescheur, il vous fault marier, vostre pere n’a enfant que vous. En droict, il n’y a que toute brouillerie, veu la preud’hommie de ce bon Legislateur Tribonian, qui nous a fournis de loix, faictes à l’appetit de son avarice, comme dict Suidas213, et Constantin214. Hermenopule215, et l’yvrongnerie du grand beveur d’Empereur, qui oublioit les Loix apres boire, selon la conjecture de Plac.216 quem glo. prob. in l. fin. C. in quib. cali. in integr. rest. non est deces217. Et puis on n’en faict point à Paris de profession du civil, mesmement: duquel le Canon est quasi tout tiré.
A ceste cause adhera Gaudichon à la remonstrance de ses amis. Mais en huict jours il cogneut que les medecins sont vrayes bailleurs de paraboles, c’est à dire, de belles visées, sive, de fadaises: ainsi que dict Accurse218, lequel en cela j’ayme autant croire qu’Alciat219, qui Greganise220, comme luy, lib. Dispunction. 4. cap. 9. Parquoy il delibera partir de Paris, pour aller en une autre Université de France estudier en Droict.-

De trois choses advenues à Paris durant l’estude de Gaudichon
Chapitre 11

- Vrayement je suis un fin homme, quand j’y pense, peu s’en faut, que pour me vouloir haster trop de venir à ces chaudes amours de Gaudichon et Fanfreluche, je n’aye oublié trois cas notables advenus à Paris, durant l’estude dudict Gaudichon.
J’eusse mieux ayme (beau Sire) que vous fussiez rompu le col, car ce sont choses qui servent bien au propos.
Le premier cas grand, merveilleux, admirable ,espouvantable, et tout ce qu’un fin frotté Orateur sçauroit dire, pour bien aggraver et reaggraver une matiere, sur la terrible, horrible, et incredible guerre de Messeigneurs de Montagu221: laquelle a esté mise en vers~ fai re des illustrations de Marmite.
Mais pour vous donner un petit à gouster de l’intelligence222 du faict: entendez en premier lieu, que au College de Montagu, les uns sont Capetes223,et les autres ne le sont pas.
Et me semble qu’en vous disant qui sont les Capetes,vous entendrez qui sont ceux qui ne le sont pas. Car les Ju risconsultes font ainsi, 1.j.in princip.ff.de his cui sunt sui, vel alieni iuris.& j. Instit.de tutel224.
Les Capetes sont gens fort honnorables, ayants des capuçons en leur teste en maniere de Cahuets 225,et ne mangent point de chair, s’elle n’est cuitte: ne boyvent point de vin, s’ils n’eD ont, vivent de leur rente, et font des oraisons et prieres tant et plus. Brief, ils sont vrays moines reguliers, excepté en un point,à sçavoir qu’à certain terme, ils ont pouvoir de se desmoyner226, ce que n’ont les autres religieux, qui s’ils sont prophez, ne se peuvent deprophetizer.
Iceux venerables font tous les ans feste en grande solennité, solennellement solennizée: où il est bon à considerer, que l’on y boit à fine force.
Ce qui me faict quasi estre de l’opinion de ceux qui disoient que ces Montagucoles estoient tous yvres comme beaus diables, aussi bien que ceux qui les assailloient, et que ce fust la cause remote227 de tout le debat.
La plus prochaine, et tout le demeurant si vous le voulez veoir, il vous fault acheter le livre que l’on vend à Paris en la boutique d’un Libraire que je co’i!Jd.s bien, qu’un Regent de Leans 228 fut incité faire parce billet, que l’on trouva au lendemain affigé à la porte.
Sus, ho, Messieurs les Regents De Montagu voyci practique:
Hastez vous, soyez diligens
D’escrire en façon poetique
Ceste guerre tant horrifique:
Car le Principal donnera; ,
A celuy qui la descrira
Quelque somme dlargent petite:
Et encor pour mieux il aura
Tousjours credit en la Mlarmite.
L’autre cas digne de recit advenu.. à Paris, au temps de l’estude dudict Gaudichon, fust le debat entre Petrus Ramus, bomme tresingenieux et eloquent, et les Aristoteliques: le party desquelz soustenoient quasi tous les Theologiens, Decretistes 229, Medecins, et Philosophes.
La cause du debat vint des Animadversions dudict Ramus contre Aristote 230. Toutesfois sa sentence ne fut du tout tant repudiée, qu I elle n I attirast encores à foy 231 de chacune faculté quelques uns.
Le plus fort argament de ses adversaires estoit, qu’il failloit suyvre la commune. Ce que les Theologi ens prouvoient per Ecclesiam Catholicam, les Legistes et Decretalistes 232 anciens, comme Bartholistes,B~ distes, Accursianistes, Azonistes, Archidiaconistes , Abbatistes, Cardinalistes, Andreistes, Barnardistes 233 et autres de celle farine, en soustenant leurs vieux peres, disoient: Qu’il n1y avoit rien plus certain que ce qu’on devoit suyvre la commune, veu mesmes que la commne le disoit.
Et amenoient je ne sçay quels testes à propos, I. e~. _Sed si ex testamento. Instit.de satisdat.tut.1.j.de his quae fiunt à maio. parte in authen.in Can.plebs.Ixiij. distinct. 234Et autres que je dirois bien, si j’avois un peti beu.
Les Medecins qui font tousjours leurs considerations , et jugement selon la pluralité des signes et circonstances, n’estoient pas d’autres opinion.
Les Philosophes en les soustenant, disoient, Loquendum esse cum pluribus. Et trestous ces petis chiardeaus d~ manistes, ne faisoient que crier, que Plus vident oculi, quàm oculus.
Mais le Ramistes à beaux rameaus de Sapience, se defen doient gaillardement. Je vey entre les autres un jeune Theologien bien trouffé, qui disoit que la commune opinion des Docteurs de l’Eglise (qui paraventure contre- viendroit à l’Escriture saincte, et au droict Divin) devoit estre postposée à celle d’un seul, fondée en bonnes raisons Evangeliques, comme Gamaliel contre tous fut creu. Act.5.235 Joinct le bon Prophete, qui se di soit estre seul, duquell’opinion valoit mieux que de tous les autres.
Ledict Theologien fut soustenu dtun bon garçon Decretiste, qui disoit: Que Paphnutius en avoit autant faict au Concile de Nice, Cano.Nicena.3l.distinct. 236 alle- guant outre, cap. Ecclesia vestra, de elect. canon. non li ceat.Xij.distinct.cano.sana e.ix.distinct.ca .molti, in fin.lx.distinct. 237 et un grand tas d’autres.
Un gentil petit Legiste nouveau amenoit à cest effect mesme l.j.l.Cùmque haec C. de veter. iure enucleat, 238 où les mota sont substantiaux, et singuliers.
Un gracieux ~ledecin vint apres qui soustenoit fort et ferme cela: veu que (comme il disoit) Galien de son temps faisoit quasi toutes ses medecines contre la coustumede ses contemporains.
Les Philosophes contre le Loquendum cum pluribus, amenoyent un Sapiendum cum paucis: attendu la matiere dont est question: Turbam ne sequaris, se mettoit au devant du plus vident dea Humanistes.
Je les laisseray en ce combat, comme feit Gaudichon et s’ils attendent que je les en jette 239, ils ontooal loisir de se tourmenter. Si quelqu’un se veut ingerer d’y asseoir jugement 240, il ne le faudra d’amour, ny de haine estre à l’une partie, ny à l’autre affectionné, car,
La sentence n’est pas certaine
Du Juge qui est incité
Far grand amitié, ou par haine,
Ou par sa propre utilité.
C’est ce que dict Aristote, primo Rethoricorum 241 et ptolomée verbo x.i.j. centiloc. Et en divisant l’Utilité en Cupidité et crainte, c’est ce qui est dict in cap. quatuor xj.auestion.iij. 242.
Jusques icy soi t parlé de ces deux guerres scholastiques: maintenant reste la troisiesme adventure, qui fut un petit de plus grande importance, que les deux prece dentes, laquelle toutesfois à cause de briefveté, je ne narreray, pource que qui en vouldra veoir, on ha les Chroniques de France à commandement: et que si tout au long je la voulois deduire, l’oeuvre requerroit bien un livre particulier. Ce fust la seconde venue de Charles
cinquiesme de ce nom Empereur des Romains, en France:l~ quelle (entre les autres pertes) fut cause du desbauch£ ment de maints escoliers: desquels les uns premoient la picque, les autres sten retournoient en leur pays, con trains par l’ordonnance du Roy sur ce faicte 243: au moyen dequoy Gaudichon trouva compagnie pour sortir hors de France.

Des Gueux aue Gaudichon Trouva en la Forest de Biere
Chapitre 12


- Apres que Gaudichon fUt sorti de Paris, il~voit plus de coillons que de deniers, dequoy il fust tresjoyeux, ayant trouvé commodité de veoir ce qu’il desiroit tant: c’est à sçavoir, de hanter un petit la vie des Gueux: car il faict bon sçavoir comme chacun se gouverne, et luy estoit bien advis que de tous les estats de ce monde, ne luy restoit à cognoistre que l’honorabilificabilissime 244 maniere de vivre des Coquins: laquelle il avoit tant puy priser, à ceux qui avoient autresfois cogneu le bon compere Ragot à Paris 245. Parquoy illaissa ses compagnons manger des raisins à Moret en Gastinoys, et s’accompaigna de deux ou trois mille Gueux, qui lors tenoient leur chapitre general au beau millieu de la Forest de Biere 246, tous prests et appareillez de faire les oeuvres de misericordie.
Monsieur mon bon maistre Gaudichon ne fUt pas si tost là, qu til fut receu, sçavez vous comment? Avec mille hn nets ostez, cinqcens reverences, cent bona dies 247, cinquante acolades, et plus de douze torche-mains: car tous les Capitaines, Lieutenans, Porttenseignes, Guidons,Centeniers, Cap d’esquadres, et les plus braves Soldats de la bande l’avoient cogneu en maints passages secrets, où il s’estoit porté tresgalantement.
Le chapitre tenti, les bandes furent dispersées en leur ordre, et decerné pays certain patir chacun, et vouloient faire Provincial Gaudichon, mais il le refusa honnestemente
Et notez de là, qu’il estoit bien digne de l’estre, car plus digne n’y ha d’avoir magistrat, que celuy qui le fuyt. Ainsi refusa jadis Labeon le Consulat, l.ij.ff.de origin.iur 248, S. Gregoire, la Papauté, S. Nicolas le Eveeché, S. Sylvestre les trois couronnes Papales, com bien que (ce dict Jean le Maire) il ne fut pas de si e stroicte conscience de refuser les-grandes seigneuries et possessions 249.
Ainsi print congé d’eux, et depuis n’en eust nouvelle, sinon que ltautre jour on luy dict en ma presence,qu’ils s’estoient meslez avec ses gens rebelles, qui se sont eslevez aux pays de la Rochelle, de Xaintonge, d’Anjou , de Poictou, de Gascongne et d’autres lieux circonvoysms, et dict on, qu’ils font tout plein de maux aux moynes, que j’ayme tant, que le mal de taverne les vire.

Des adventures de Gaudichon per le chemin
Chapitre 13

- Gaudichon marchant per ladicte Forest, apres qu’il eust congé desdicts Gueux, rencontra une’demie douzaina de Satyres cornus, accompagnez de femmes et Demy-dieux: lesquels incontinent qu’ils le veirent, luy demanderent s’il venoit du monde.
- Comment (dict Gaudichon) de quel monde parlez vous? Et ne sçavoit le bon homme quelle contenance tenir, pour la crainte qu’il avoit d’estre en Enfer, conside rant la façon du corps de ces monstres cornigeres 250, lesquels il pensoit estre vrays Diables, et des plusfins. Toutesfois (ainsi qu’il estoit magnanime, et de hault courage, comme une poule, àissimula sa crainte, et leur dict:
- Quels diables de gens estes vous, Messeurs ? Je ne vous veis jamais gens-d’armes, je ne sçay qui vous estes.-
Lors le plus ancien d’entr’eux luy dit:
- As tu point en ton temps, (toy qui fais du Poëte) ouy parler des Faunes, et Demy-dieux, qui gardent les boys et forests, où Delie 251 la haute et puissante Deesse vient quand illuy plaist, chasser aux bestes sauvages? où se vient laver és belles fontaines, desquel- les tu voys les clairs ruisseaux couler icy aupres?
- Me voulez vous (dict Gaudichon) induire en la vieille idolatrie? Que vous qui estes de beaux Diabls, à ce que je voy ayez aucun pouvoir?
Non, non, dict-il, allez autre part vendre voz coquilles 252, icy n’avez trouvé vostre homme) vous parlez trop, vous n’aurez pas ma toile.-
- Or (dict un autre) tu en verras tantost l’experience: Voyci la Deesse arriver (en ce disant luy monstra une nuée, en laquelle estoit Delie avec ses Nymphes) attens qu’elle soit venue: et si tu n’es aussi bien en ordre que fut jamais Acteon 253, appelle moy Jaquet.-
- Ostez-moy cela (dict Gaudichon, en prenant au peron, et fuyant Comme un,Regnard) je n’ayme point ces Metamorphoses, un cerf, ventre-bieu, et les chieas me mangeroient.
Pensez-vous comment il feroit beau veoir le compagnon\’ 254, j’aymerois beaucoup mieux, qui elle me transmuast en quelque corps celeste.
Mais que je suis badault d’avoir peur de ces fantosmes, si est-ce que quoy que s’en soit, je ne suis pas marry, l’avoir eschappé, les Diables font aucunesfois 255 bien mal aux gens.
Et puis quand j’y pense, aujourd’huy au matin, en me levant, je n’avois pas dict mon Benedicitê.-
En tenant ces propos, Gaudichon s’enfuyant à travers les champs, sans adviser où il alloit, se trouva au pied d’une montaigne, laquelle à ce qu’autresfois par gn serment il m’a affermé, n’est pas moins haulte que celle du mont Cenis en Savoje, et est becoup plus difficile à monter: toutesfois il entreprint d’aller jusques au sommet, ce qulil feit en quatre jours: au premier et scond desquels par faute de vivre, il se gouverna comme font les Escossois, quand ils vont guerroyer en Angleterre: si nous sommes dignes de croire le venerable b’rois
sard, qui dict qulils portent de la farine seulement, et ont’une piece de cuyvre, laquelle ils font chauffer, et puis sur icelle jectent de ceste farine desmelée avec un petit dleau, et usent de ce tartillot 256.
Au troisiesme jour, il arriva en un lieu qulon appelle les Forges Vulcaniques, où il ne voiloit point ell trer, pour-ce qu1il pensoit que ce feussent forgeurs de fausse monnoye, où soufleurs dlAlquemie, car il nlaymoit pas telles gens, qui tronpent le peuple, et les princes. Mais quand il sceut que c’estoient Cyclopes, il y entra: et ils le receurent humainement. Il me disoit, qulils forgeoient lors un hault de chausses pour fourrer l’aumusse de Caresm’entrant.
- Vous me faictes souvenir (ce luy disois-je) du rymeur de Berry, qui a songé qu’il estoit Poëte, qu1il dict, forger des laquais, des cuysiniers, des maistres d’hostel, des musiciens, des pages, des Barbiers, des Poetes, des Orateurs, et mesmement grands Gentils-hommes petits, qui sçavent bien complaire aux appetits.-
Et le lendemain,il print congé dliceux Cyclopes, qui luy emplyrent une grosse bouteille, tenant trois symaises, à la mesure de Lyon 257, de fine Malvaisie de Candie, et une pleine besace de pains blancs, et de Goudiveaux.
Sur le soir Gaudichon fut au sommet de la montagne,où il y avoit un assez beau chasteau: mais le lieu estoit bien estroict, pour tant de gens qui vouloient y habiter, car plusieurs estoient contraincts faire des appendices au dehors des murs dudict chasteau, pour edi fier leurs maisons de peu de durée, à la porte desquel les ils faisoient paindre pour notes hierogliphiques lleau et le feu.
A l’entrée Gaudichon trouva un petit fils de putain, auquel il demanda, quel chasteau c’estoit là, et luy fut respondu que crestoit Helicon: dont il fut bien joyeux: puis entra dedans, où il trouva les Muses habil lés en femmes impudiques.
Dequoy il s’esrnerveilla fort, en demandant d’où procedoit cela, et où estoit Apollo. Surquoy luy fut respòndu, qu’Apollo n’y estoit plus, et que Cupido avoit par cautelle 258 trouvé moyen de occuper la place, tellement que les Muses estoient maintenant les plus grandes paillardes qui fussent au demeurant du fionde, et ne poy voient plus dire à Venus.
Cupido. le tien enfant doux!
Ne vole point aupres de nous, 259

Des Poetes Francoys
Chapitre 14


La premiere putain que Gaudichon rencentra au mont Fourchu260, fut madame Calliopé, pour laquelle selon sa qualité honnestement entretenir, il employ tout ce qutil avoit autresfois apris à Chasteau-gaillard, Huleu, le Ganivet, Pont-troquart, Chastel-verd, et autres tel les aussi honorables maisons 261.
Et apres un tas de bons propos qutils tindrent,
- Voudriez-vous (luy dict elle avec un petit gelasin putasson) 262 prendre la patience de visiter noz
Muses ?-
- Ha madame (respond il inclinant une rufisque reverence) 263 si tant benignement il vous p1aisoit employer pour mon indignité voz charitables peines, vous esteindriez une merveilleusement ardente et bien inveterée soif de mon esprit, et serois immortellement tenu
de pri.-
- Nenny, Nenny, (dict-elle) vostre honesteté le merite, je le fay à tout le monde.-
- Bien de par Dieu (dict-il) je vous mercie, a1lons donc.-
- Ouy mais, que1s poetes, dict-elle,voulez-vous veoir ? Voyci le rang des Grecs (les Hebrieux sont en le autre carne de la montaigne) venez, je vous monstreray Homere, Hesiode, Lycophron, Arat, Bndare, Callimache, Theocrite, Aeschile, Euripide, Sophocle, Menandre, que dy-je? Encores en verrez vous de plus vieux, Lin, Orphée, Musée, Phenie, Aristée, Proconnesien, et Corin, qui est encores tout mutiné, de ce que Homere luy de roba san Iliade 264.
Ajmez vous mieux veoir des Latins ? Vous trouveres de ce costé Virgile, Horace, avide, Lucain, Lucrece, Pla~ te, Terence, Senecque, Perse, Juvenal, Tibulle, Prope~ ce, Catulle, I~arcial, et les autres.
Si vous prenez plaisir aux Italiens en cest endroict , vous verrez Dante, Petrarque, Bocace, Arioste, Boyard, Bembe, Aretin, Franc, et une infinité de semblables.-
- Apres les Croquelardons (pour-ce que c’est mon pays) j’ayme (dict Gaudichon) naturellement les Fran çois, montrez les moy s’il vous plaist. J’ay ouy dire qu’ils s’en aydent fort bien.-
- Ah, dequoy me parlez vous ? dict elle, ceux là ils apprennent encores à escrire, et à sçavoir p, a. 265 que faict: les plus obscurs d’entre eux veulent illustrer les plus clairs, aussi tost qu’ils sçavent faire un quatorzain rymé, ou non rymé (ce leur est tout un ) ils devancent les mieux courans à leur advis, et fussent ils Dolichodromes, 266 ou Hemerodromes, 267 voire plus habiles que Crison,ou que le coureur Indaque, ils ne peuvent souffrir, ils n’ont jamais paix ensemble, ils nous scandalizent toutes.
Toutesfois pour satisfaire à une partie de vostre desir, je suis contente de vous en faire avoir la passe-temps.
Suyvez-moy.-
Ce dict, ils entrent en la galle B’rancique.
Voyci le premier qui se rencontre un grand personnage portant un bonnet à quatre brayettes268 , conduisant Urania par dessouz les bras.269
Celuy, quand il veit Calliopé s’en vint à elle de front, tenant en main san roide baston naturel, et disant:
- Dame sçauriez vous cognoistre que ce peut estre?-
- Voyla un fort honneste homme, dict Gaudichon.-
- Si est vrayement, dict-elle, et qui parle bien mieux quand il veut.
Voyez-vous à ce coing ce petit, qui faict de l’incuriux? Ha, fust ce le plaisir de Phebus, que nous en eussions beaucoup de semblables! C’est le premier qui a delié la vraye Poesie prisonniere chez les Grecz et Latins pour luy donner liberté en France, dequoy il a eu aussi bonne recompense, que s’il eust nourry des Louveteaux: car qui est celuy qui ne luy ayt baillé, pour toutes a£ tions de grace,un coup de dent ? ou qui evidemment prenant les belles fleurs de san jardin, ne llayt malignement dissimulé?-
- Mais, dict Gaudichon, je veux sçavoir dequoy il parle, et toute ceste trouppe qui semble estre d’un mesme ordre.-
- Vous dictes vray, dict elle, ils sont trestous amoureux.-
- Ventre sainct Picot, dict-il, mais quelle mine? quels souspirs, quels regrets, quelles larmes voy-je icy en escrit ? tenez, tenez que de traicts, que de mort~ que de feux, que de glaces?-
- Que vous en semble ? dict Calliopé, car fila foy nous autres Muses, n1en croyons rien.-
- Aussi n’est-ce, dict Gaudichon, un article de creance.
Toutesfois ces deux qualitez jointes ensemble, Poëte et Amoureux (deux plus haults degrez de supreme folie) sont suffisantes pour ecerveler un bon cerveau. Vrayment, je ne m’esbahy pas, si celuy là que vous di£ tes,ha en si grande reverence le nom de la Lune: car il est necessaire qu’il tienne de l’influence 270.
Cestuy cy (nonobstant son admirable doctrine, et honeste modestie, que je loue) pour son affection est aussi abusé, mais tout va bien, puis qu1en son tiltre il confesse et recognoist ses erreurs 271.
Cestuy cy, qui plante des arbres pour avoir de l’huyle en Caresme, n’est gueres plus sage, sinon d’autant qu’il ne se passionne pas tant (je ne dy point de mal de ces sons et chansons, qui sont belles de quelque part qu’elles sortent, n’en desplaise aux Pedans) quand il dict ce qulil a trové 272.
Ce petit jeune amoureux, autant vault dire, malavisè, a bien rencontré en sa devise: car Diogenes interrogué autresfois qu’estoit Amour, respondit que clestoit un travail en repos. 273
Far mon serment voyla une jolie petite bande de furieux.-
- Venons aux autres: Voyci les translateurs (dict elle)-
- O le serf bestial, dict-il!-
- Voyci les pindariseurs, dict elle.-
- Mordienne, dict-il, quelle audace! Ha, je n1en approche pas, comment? Ils portent des arbalestres:
Quels diables d’engins sont ces tours et contretours, et ces furieux outreports? Voyla de nouveaux fredons sur la lyre.
Ha Terpandre mon amy, pourquoy fus tu puny des Ephores? Pourquoy 274 bandit on ta harpe (soit une cythare) à la cheville tu vou1ois faire du mignard, tu vou1ois corriger Magnificat 275: Or dieu te gard de mal, et des fromages de Brie.
Laissons ceux là: qui sont ceux-cy ?-
- Ils sont, dit Calliopé, ceux, suyvans la proprieté de leurs langage, donnent facilement à entendre leurs doctes conceptions à tout le monde.-
- Voyla mes gens, dict-il, mais qui est ce jeune brave, qui faict entrer ceans ceux qu’il veut, et en chasse ceux qu’il luy plaist?-
- Je ne sçay, je vous asseure, dict-elle, c’est la premiere fois que je le veis onques ceans,celuy là se faisoit appeller sergent de bande, et estonnoit toutes les Muses avec des mots d’un pied et demy 276.
Certes il par1oit doctement, mais il estoit fort outrecuidé, et ainsi gastoit son vin à torce d’eau. Toutesfois pour la bonne indole de sa jeunesse, Phoebus le regardoit de bon oeil, quand voyci arriver un maistre Pedant, tenant en main une poignée de verges (sceptre vrayement digne de sa magistralité) qui vint lourdement frapper sus ce jeune homme de grand espoir, chose qui fut desplaisante à toute la compagnie: tant pour-ce qu’en maint endroict il fut reprins à tort par ce Magister, extraictde grimaude Pedanterie, comme pour-ce que la faulte qu’il avoit faicte par trop de hardiesse, ne meritoit que d’avoir un peu l’aureille tirée.
C’est celuy qui se veut nommer, comme anciennement on soy loit appeller le moys de Juillet du nombre de san ordre, faisant la superstition de tels Grammatistes resveurs pour l’e imparfaict, qu’ils appellent foeminin, comme si Claude, Antoine, Pierre, Pie Helie Hieremie, etc. n’estol ent noms d’Hommes.
Je te prie pauvre haire de Quintil, puis que tu ne t’oses nommer autrement, n’ayes honte de t’appeller Quintlie, ou Quintile, à l’exemple de Vergile,combien qu’en reprenant à tort, par frivoles raisons et escrits publics, tu ne merites le nom de celuy qui reprenoit bien, et en secret 277.
Si tu faisoit chose qui vaille, tu ferois mieux de t’appeller Aristarque 278 , et ne t’esmerveilles, si ceux que tu broquardes malgracieusement, en passant chemin, te ren dent la pareille: qui encores te font trop de grace, de ne te mettre devant les yeulx tes belles oeuvres, mais tout vient à point qui peut attendre.-
Ainsi se courrouçoit quelqu’un de ces fantastiques Poè’tes là hault dessus: mais Gaudichon s’en mocquoit à gueulle bec, qui descendit la montaigne tout en riant. Et au dessouz me trouva prest à y monter, mais il m’en empescha,et n’est que sa faute que je ne suis Poete regulier et seculier,avecques le beati boucquet verd 279, pour vivre tant qu’il plaira à Dieu.
Ainsi allasmes nous de compagnie en l’Université de Peu-d’estude en la basse desbauche, et depuis j e l’ay tousjours loyallement servy jusques au temps qu’il me donna à Fanfreluche.

Gomme Gaudichon est en disDutation Dubliaue des abbreviations legales. ff. et ~. pourquoi l’on dict Digestum vetus. novum et infortiatum.
Chapitre 15


Nous estans à Peu-d’estude avec les susdits seigneurs, trouvions l’université fort bonne, pour la gr~ de erudition des Docteurs, et professeurs du droictt lequels y demeurent et enseignent.
La premiere chose que Gaudichon voulut apprendre es Loix, fut pourquoy on escrivoit ff. pour faire Digestis.§. pour faire Paragrapho: pourquoy l’on disoit digestum vetus, Digestum novum, et Digestum infortiatum. Et pour en sçavoir toute la consequence, il leut
en un moys toutes les glosses d’Accurse, sans le texte, les Lectures, et conseils de Bartole, Balde, Jason, Alecsandre, Paule de Castro 280, et un tas d’autres, où il ne trouva point de raison bien resonnante. Car d’escrire Frederici (sans raison encores) et prononcer Digestis, il semble à Veoir, que nous ayons quelque nom ineffable en Droict, comme le Tetragrammaton des Hebrieux 281
Il veit aussi ce que les gens sçavans de cest aage en ont songe: Les uns disans que c’est un p Grec avec un accent circunflex dessus: Les autres, mesmement monsieur Hotoman, (lequel pour honneur je nomme) 282 que c’est un D. trenché.
Quant au pigreco, il faudroit prononcer Pandectis, et non Digestis. D’autre part, il n’est pas vraysemblable, que l’on ayt voulu noter d’une note Grecque, un livre escrit en Latin, et puis on ne touve pas grande simili tude de ce pigraco, avec ff. et l’accentuez tant qu’il vous plaira.
Du D. trenché, c’est un D. de l’autre fionde: pour le moins jamais ne slen veit de tels en cestuy cy, et s’il faut trencher ce D. là, que ne le trenchez vous donc? et semblablement l. pour dire, lege: C. pour di re Codice, et ainsi des autres.
Davantage, puis que Digestis est un nom pluriel, il fauldroit, à la maniere antique d’abbrevier, deux DD. trenchez ou non, ce m’est tout un.
Gaudichon par les raisons susdictes en publique disputation refutoit, ce que dessus: et mieux que tous (à mon advis) disoit que du temps que les rvledecins, pour cacher l’intelligence de leurs triquedondaines, inventerent J . an. lb. et autres semblables notes estranges: les Legistes qui par envie voulurent trouver des figures aussi pour eux, s’adviserent que deux dd ensemble, feroient bien Digestis: mais pour le rendre obscur, il n’y avoit meilleur moyen que de les tourner sen dessus dessouz, comme l’on faisoit en ce temps là quasi toute chose: et ce pendant se trouva que deux ff. avoyent grande similitude avec deux dd. au rebours.
Or maintenant que Dieu de sa grace permet que les choses mises à rebours soient redressees) je ne contredirois à ceux qui redresseroient ces deux dd pour fuyr toute obscurité, puis que maintenant la lumiere chasse les tenebres.
Voire, qui voudroit escrire Digest. et Cod. (comme il est certain, que l’on escrivoit avant que vint ce bon Michau Irenerius283, qui (à mon jugement) bail la premier l’audace de faire abbreviation en Droict avec les glosses, contre l’Edict de l’Empereur, in. l. fin. C; de vete. iur.enuclean. 284 car il feit luymesme de l’Empereur, quand il amplifia le Code, qui ne estoit pas assez gros à son appetit 285.
En ce temps par je ne sçay quel malheur et inconvenient, c’estoit perdu le volume des Digestes, qu’ils appellent Infortiat.
L’on s’esmerveille pourquoy ils nommerent les autres deux: l’un Vieil, l’autre le Nouveau, veu (selon que dict Justinian) qu’ils furent faicts et mis en ordre tous en un temps: si l’on ne dict, que pour les distin guer par nom aussi que par piece, ils eussent baillé le nom de Nouveau à l’un, commençant De navi oper. nunciat. A l’autre le nom de Viel, à difference de celuy là, et pour-ce qu’il estoit le pimier en ordre.
Ce pendant on recouvra la piece perdue, que l’on appelle Infortiat. Quaeritur, pourquoy elle a ainsi nom.
Gaudichon disoit, que par faute de bien feuilleter les Histoires, on l’avoit jusqu’en ce temps ignoré: tant qu’Alciat mesme auroit dit, que c’estoit un mot barbare, inventé par les docteurs anciens. Mais de la raison pourquoy, plus n’en sçait ledict deposant. Mais la cause estoit, pour ce que selon les Historiographes, cedict volume fut trouvé en la maison dlun nommé Jacques Fortiat, et le nommerent les Docteurs
de ce temps là Infortiatum: Quasi infortiati domo inventum.
Quant à ceste note ~ Gaudichon disoit, que c’estoit une maniere de distinguer les periodes, laquelle on faict autrement en ceste sorte: ~ Mais pour llescrire plus vite, et mesmèment en lettre Italienne, renversee a la façon de ceux qui renversent tout, l’on accoustuma de la faire ainsi §.
Or ponrce que Budé, Alciat, Ferretus, Baro, Balduinus, et autres quand ils veulent dire quelque chose de nouveau et estrange, alleguent voluntiers quelque vieil Bobulaire 286: Gaudichmn pareillement exhiboit un billet escrit en lettre antique, dequoy sa grandtm~ re souloit guarir des fievres quartaines.
Ladicte disputation faicte, Gaudichon estoit par tout le bien venu, et se trouvoit fort bien à Peu d’estude, tant pour la bonne situation du lieu, que pour l’honnesteté de plusieurs bons citoyens.
Il est vray qu’en ladicte ville, il y a de meschantes canalles, comme l’on voit souvent contre 287 les bonnes herbes les meschantes, entre les roses les espines.
On dict bien que la reigle Sainct François se sont trouvez des gens qui ne vallent gueres. Je parle de ceux qui à moy (pauvre Songe-creux) ont bien donné à cognoistre quelles gens ils estoient: et qui le 25 jour de le an 1547 pour se venger de ce que Gaudichon en avoit jeté huict jours devant par dessus murs de la ville, bien qua tre douzaines, couple à couple par les aureilles, jusqu’à une lieue de là, feirent sans crainte de leur justice, une grande esmeute en l’absence de mon mais tre Gaudichon. Car s’il eut esté!
De laquelle à san retour, il feit le dizain qui s’en- suyt.
En Juin cinq jours devant Juillet,
Les fiers Soldats de l’ignorance,
Bien armez jusqus au colet,
Comme pour faire une vaillance,
Vindrent soudain apres la dance,
Sur les escoliers descharger:
O pitié! de veoir outrager
Un tel nombre de gens de bien
Par vilains, et pour abreger
Marroufles qui ne vallent rien 288.
Tout iroit mieux, si les Magistrats estoient vigilans à punir telles insolences, pour la conservation de la Republique, selon le devoir de leur charge.
Car c’est peu de chose d’avoir les loix, si les Magistrats ne les entiennent, l. ij.~. post originem, ff. de ori. iur. c ericulum. deelect. lib. vj.289
Dieu le Seigneur y mette ordre, si qu’autre n’y vueille mordre. Amen.


Des enseignes des Docteurs és Droicts.
Chapitre 16

Un jour que l’on passoit à Peu-d’estude quelque Docteur és Droicts, Gaudichon pour son passe-temps, voulut aller voir la solennité, et y estant s’estonna fort des enseignes290 que l’on donne coustumierement à ceux qui prennent tel degré.
Parquoy m’interrogua, que vouloient dire toutes ces belles petites besognes: comme les ornemens de la teste, qu’ils appellent Floscules 291 verd et rouge, sur bonnet rond, qui est quarré: la chaire où il estoit assis, son livre, son anneau sa ceinture, le baiser, et la benediction.
- C’est, dy je, pour monstrer qu’il est Docteur és Droicts Civil et Canon. Car le verd signifie le Cl viI, et le Rouge le Canon.
Au demeurant, je pense que l’on le faict mettre en chaire pour denoter que l’o n le rend habile à exercer l’office de juge, et de tous magistrats, lesquels doivent estre assis en donnant leur sentence, l. ij. ???dies bonorum possessionis, ff. qui ord. in bonor. pos. ses servet. l j. C. de offic. civil. iudic c. si de sentent. et re iudicat. in vj. 292 afin qu’on les voje, et qu’on leur face la reverence, l j.???. secundo loco.
verfic. casum. ff. de postulando293.
Le livre ouvert signifie qulils doivent entendre les Loix, car ce leur seroit une grande honte, d’ignorer la science: en laquelle ils versent, et un autre Quin tus l’futius les en pourroi t reprendre, aussi bien qu’a Servius Sulpitius, duquel Ponponius parle en la l.ij.??? Servius autem ff. de origine iuris 294.
Le livre fermé donne à entendre, qu’ils doivent estre esloignez de toute cavillation.
L’anneau d’or monstre, que tout ainsi que l’or s’eprouve à la fournaise, ainsi ont ils esté esprouvez par le rigoureux examen des Docteurs, et puis comme l’or est excellent sur tous metaux, ils doivent preceder tout le monde en vertu et sçavoir, servans de lumiere, et miroir à chacun comme le Soleil, qui est de semblable couleur.
Far la ceinture, j’enten qu’ils sont liez c’est à dire contraincts de leur sçavoir reprendre, corriger, et enseigner chacun selon charité, par laquelle ils doivent estre uniz à leur prochains: ce qui se doit entendre par le baiser.
Et puis on leur donne la Benediction, comme en leur desirant295 prosperité et bonheur.
- Tu as bien Songe-creux, à ce coup dict Gaudichon, par la mort d’un petit poisson, tu es digne de avoir estat chez le Roy, pour tirer le sens moral de toutes les singeries qui se font à la Cour.
Ha mon amy, que c’est dommage que tu n’as estudié en Theologie!
Tu serois bon Docteur contemplatif.
Mais que diable veux tu dire à la fin avec ces allegories?
Tu recontre de pique noire 296. Je voy bien que tu n’y entens rien (sauf l’honneur de ta premiere femme) Mais je te vaj dire ce que j’en pense, et j’en pense ce que j’en cognoy, et j’en cognoy ce que j’en sçay, et j’en sçay ce que j’en voy, et j’en voy ce qui en est.
Veux tu sçavoir l’intelligence de la couronne verde sur le bonnet rond, qui est quarré?
Tu dis qu’elle est pour le Docteur civil. Or regarde un petit quelle est la nature du verd. Le verd rejjouit, le verd recrée, le verd engendre gayeté esbat, et passetemps.
Et pource ton Docteur civil sera gay, joyeux, alaigre, dispos, tousjours louant, tousjours chantant, toujours balant, prest tousjours à laver ses trippes de vin, n’ayant jamais faute de apetit, ny le braquemard desroidy, bien peigné, bien troussé, bien espousseté, bon raillard, gaillard amoureux, tresbon courtisan,et toutesfois non pas du tout si sage que Caton: ains de quelque chose retirera 297 au bout Triboulet 298 qui s’abilloit de telle couleur.
Au regard du Canoniste rouge, il aura force rubis 299, force boutons, force petis grains en san vi sage illuminé, à force de hausser le gobelet (chose que sur toutes il aymera) et s’accordera tresbien avec les Docteurs de Sorbonne, horsmis que possible ils ay ront aucunesfois quelque pique ensemble.
Le verd toutesfois meslé avec le rouge temperera ces complexiones, selon que l’un diminuera, ou l’autre ay ra plus de puissance.
Or la bonne chere qu’il menera en se tenant joyeux,luy fera tousjours avoir bon ventre: tellement qu’illuy fauldra avoir souvent une selle percée 300, et doit on par ceste chaire ou il est assis, entendre autre chose.
Et puis l’on leur baille un livre, qui s’ouvre et ferme en un moment ? sçais-tu que signifie cela?
ny resve plus, et retien ce mot, c’est une grande folie de se rompre la teste à tant demeurer sur les livres: un bon Docteur se doit contenter de les ouvrir et fermer quant et quant 301, pour en oster la pociere. Et croy que l’on gratifie 302 à cestuy là, pource que durant son estude, il n’en a pas faict d’avantage, et ne veulent enseigner de poursuyvre son commencement,afin qu’il ne perde le bon bruict 303 que il a acquis entre les Dames, en faisant tant de fois le Chappellet 304: entre les bons joueurs à jouer aux tarots, aux flux, à la prime, à la picardie, au cent: entre les bons beuveurs, à estre au matin,au midy, et au soir au fin fond d’une taverne, entre les mutins, à courir toute la nuict le pavé, pour recevoir quelque esmorche, ou bien perdre cappe et espee. Ce livre aussi fermé tant soudainement, monstre que un bon Docteur regent doit entrer tard, et sortir tost pour depescher habilment, selon ce que l’on dict d’un excellent Docteur du temps ‘passé, Tarde venit. sed cito se expedivit, c’est à dire, que le bon homme venoi bien tard pour commencer sa lecture, mais aussi avoit il bien tost faict. Quant à l’anneau d’or il est facile à comprendre que l’on leur donne pour monstrer que c’est le sçavoir qui baille le moyen d’acquerir or et argent. Car, Par Medecine, et par la loy,
L’on a d’argent de fin alloy,
Ceste doctrine le grain baille
Les autres Arts n’ont que la paille.
Ce dict Accurse in prooem. Digest.~. nos verb.et ne laisse personne vivre en pauvreté, ny mourir en an goisse. ~. fin.in fin. de haeret. et falce coll. j.;305 voire ennoblit les gens, l. providendum in principio. ubi Accurs. C. de Postulat. tellement qu’il est honeste aux advocats de se faire tresbien payer, ainsi que je conclus, ex l . in honorariis curo se . ff. de var.et extraordin. cog. 306 Il est vray qu’un Docteur donnant conseil, doit attendre que l’on le paye, d.l.j.~. proinde. Mais ils perdroit sens, memoire, et entendement, si . l’on luy retenoit son salaire, comme dict Cardine qui en avoi t faict l’ essay. in clement..i.~. excellentissimum. de relia. et venerar. Sancto 307.
Quant est de la ceinture, va demander aux maistres aux Arts le grand honneur qu’ils estiment estre à la porter.
Mais ce baiser de deux Docteurs, me faict souvenir de deux mulets qui s’entregrattent: cela signifie que Docteur et Docteur ne doivent point plaider ensemble, car fin con tre fin n’est pas doubleure 308.
Les Medecins ne veulens point prendre de medecines, où de clysteres, et sont fort bien contens d’en bailler.
Tous les Legistes en font autant des procez, N’ouys-tu jarnais dire,
Putain à putain. N’y a aue la main.
Or dy d’oresenavant, Docteur à Docteur, n’y a que le bec.
Maintenant je ne me puis assez esbahir de ceste Benediction, qui se faict tout au rebours, car toute oeuvre se doit commencer par la Benedition, et ceux cy la mettent au dernier lieu, ne plus ne moins que si tu disois graces au commencement du souper, et benedicité apres. Si la charrue alloit devant les boeufs, si le Soleil faisoit san cours de l’Occident en l ‘Orient, et passoit par le Zodiaque de Pisces à Aquarius, d’Aquarius au Capricorne, du Capricorne au Sagittaire, du Sagittarie à Cancer, etc. Si l’on se surnommoit avant que se nommer, comme le bon vieil Philosophe feu monsieur Polloniostome,à qui Dieu pardoint, si c’est la seule ou premiere resverie don t il a entrebouclé 309 les trippes de san entendement, si la lune estoit plus prochaine de la terre, que le feu, si l’on chioit devant que manger, si l’on pissoit devant que boire, si l’on passoit Docteur devant qu’estudier, comme je croy que cestuy cy à faict: et (si l’on ne faict ainsi aux autres) c’est la raison pourquoy ils ont donné ceste Benediction prepostere, c’est à dire, sen devant derniere, au moins la devoient ils faire de la main gay che.
- Vrayement, dy je, monsieur je le vous quitte, tirez 310 tout vous avez gaigné.

De l’acointance de Fanfreluche. et Gaudichon.
Chapitre 17

En ce temps Fanfreluche voulant aller en Rustrerie, le pays de son pere, faire ne sçay quel partage avec ses cousins, passa par Peu-d’estude bien en ordre 311, où elle sejourna bien quinze jours.
Gaudichon qui d’elle avoit ouy parler en son pays de Croquelardie, l’alloit souvent veoir, et devint si fort familier envers elle, qu’à la fin il la pria d’amour, en luy disant:
- Jesus, Madame, que je seroys heureux d’avoir une dame et amye de telle vertu, sçavoir, grace, et beauté que vous.-
-Ha, disoit-elle, un si honneste Gentil-homme que vous,si docte escolier, si vertuex homme, si beau jeune fils demande bien d’avantage, quant à moy, je cognois bien Dieu mercy, que ie n’ay ne bonne grace, ne 312 beauté: mais Dieu soit loué de tout.-
- Bren, bren, làissons là disoit Gaudichon, toutes ces ironies, car tel pense se mocquer qui dict vray, comme Poge Florentin, homme flateur, medisant, et vicieux, ne dict jamais plus vray, qu’en la troisiesme investive contre Philelpe, combien qu’il entendist le contraire, du moyen par lequel il estoit venti au service de sept Papes. 313 -
Ainsi par frequents visitations, et par lamentations, staccointerent ensemble Gaudichon et Fanfreluche: et tellement que Gaudichon laissa san estude pour tenir compagnie à ladicte Dame, à laquelle il feit present de ma personne de mon consentement, et je mten suis bien trouvé. Car c’est une dame sage, comme une oziere, simple comme une pantoufle, vertueuse comme un pot à pisser, chaste comme une mytaine, gracieuse,comme une chastaigne, amoureuse comme une sangsue, joyeuse, comme une belle petite mouche, le pied dispos à danser comme une lanterne, la voix claire comme une chandelle,et si estoit paisible et patiente en diable, sinon quand elle mettoit son chapperon de biais: lors elle estoit rebelle, comme un picotin 314 d’avoyne, injurieuse comme une poule, malicieuse comme un estron, obstinée comme un Cordelier, crioit comme un baston, frappoit comme une aveugle, car elle estoit colere comme un oyson, et despiteuse en Archidiacre.
Ainsi partismes de Peu-d’estude, et feismes tant par noz journées 315, qu’en moins d’une heure nous arivasmes à Noli 316, la principale ville de Rongerie, qui est un pays de longue estendue, par lequel on faict passer ceux qui vont en Rusterie.
En ladicte ville de Noli, on avoit faict defense à cry public, et san de trompe, de ne porter armes et Gaudichon qui ne sçavoit rien de l’Ordonnance 317 fut prins de nuict avec san espée par le Guet, et mené aux prisens, où il coucha deux nuicts fort honnorablement, et encore à l’instigation d’un gros maistre Rifflandouille taut enluminé, san espée fut confisquée, pour ce que Gaudichon à san appetit ne luy avoit pas bien resolu une tresardue et difficile question sur la collation 318 de l’A, B, C.
Fanfreluche ayant demeuré huict jours en la cité des Noloins, voulut partir, et en quinze jours traversa tout le pays des Rongerins, puis arriva à Coquinan, en Rusterie d’où Trigory san pere estoit venu. Là nous demeurasmes environ un an, où Gaudichon et ma maistresse feirent de beaux petits tourdillonets, lesquels je je reserve au second Livre.

Epilogue

Mais je ne puis, gracieux Lecteurs, vous escrire ce demeurant: pour quelque empeschement que j’ay à escailler un petit ma jeunesse.
Je suis bien marry de vous bailler une chose inlparfaicte, mais bien tost vous l’aurez toute entiere, car les autres quatorze 1ivres seront prests à l’yssue de ce Concile.
Icy vous aurez veli pour ceste fois la naissance, le parentage, et la jeunesse, de l’un et l’autre amoureux. Aux autres vous verrez le discours de ltamour plus plaisament demené 319, que lton ne le sonne aux sonnettes de maintenant.
Vous contentez vous?
Ha messieurs, je vous remercie de tresbon coeur. Je ntay pas tant merité de vous, à Dieu vous command.
Ne vous contentez vous pas?
Que maudicts soyent les canailles, encores vous fay-je plus dthonneur qutil ne vous appartient. Allez au diable.


FIN



Songe-creux à son Galloneur 320 la salutifere Fievre Quartaine

Un jour de Quaresme-prenant apres que jleu traicté mon ventre en enfant de bonne maison. Au diable soit le Lecteur, si je sçavoye bonnement que faire.
Car de faire selon ma bonne cousturoe, à sçavoir, dlestudier apres boire, ces Damoyselles de merde, je vous dy de Muses, ne l’eussent jamais enduré: mesmement que Monsieur le venerable Abbé Coillard 321 l’avoit deffendu expressément: et aussi qulen lisant en ces gros diables de Digestes, au titre, de vent.in pos.mit. 322
Le fievre quartaine vous puisse espouser, s’il ne me sem bloit ouyr Vergile en ses Georgiques, disant:
Nunc te Bacche canam 323
Voyant donc que de lire cela je m1abusoye aussi bien que faict une vieille sempiternelle de culter pour avoir generation, je laissay un petit prendre de repos à Justinian, consideré les grans travaux qu’il disoit avoir prins les jours passez, in prooem.Institu.per rot. Et me souvient bien encores des props que m’avez tenu le Dimanche gras, apres la repetition grace, curo summo apparatu, quelque yvre que je russe (parlant reveremment) c’est à sçavoir, qu’il fut de mon seignorial plaisir, de vous escrire ad longum sine reauire, les tourdions d’Amour que j’avoye veu du temps que j’estoye au service de madame Fanfreluche, entr’elle et son amy Gaudichon.
Pour à quoy satisfaire, je deliberay sur le champ vous en escrire, in breviloquio, c’est à dire, en quinze volumes, selon la verité Grecque, tout ce que j’en ay veu.
Desquels je vous envoye le premier servant de parasceve, vous supliant en le lisant, faire deux ou trois petis suspirs, en corapassion de ceux qui ont mauvais aspect 324 de la planette du tiers ciel 325.
Quoy disant, je seray tenti de prier Dieu, qu’il m’en vueille garder. Et à Dieu.

Songe-Creux au petit Gallonneur

Ce temps pendant que par bon heur
Nous nous trouvons ensemble icy,
Mon amy petit Gallonneur,
Je t’ay voulu monstrer cecy:
C’est d’un Gaudichon sans soucy
Les faicts aux bons gallants idoines.
Je te pry fay moy veoir aussi
Un jour ta legende des Moynes.

Aux Dames

A l’honneur de vostre noble sexe (mes Dames) j’ay intitulé Fanfreluche, et Gaudichon, ceste mienne veritable histoire mettant le nom de la Dame devant celuy de l’Homme: ne m’en sçavez-vous pas bon gré?
La Femme est mai stress e de l’Homme,
Maintenant en mainte maison:
Pour-ce si devant je la nomme
Encor ne suis-je sans raison.


1 L’édition de 1578 porte comme titre: Mythistoire Barragouyne de Fanfreluche et Gaudicon : Trouvée depuis n’aguère d’une exemplaire escrite à la main, de la valeur de dix Atomes, pour la recreation de tous bons fanfreluchistes. Autheur a b c d e f g h i k l m n o p q r s t v x y z A Rouen, chez Nicolas Lescuyer, rue aux Juifs, à la Prudence. 1578

2 Je n’ai pas pu comprendre à quoi Des Autelz fait allusion

3 Le chemin habituel, celui que la foule suit. HUGUET E . Dictionnaire de la langue française au seizième siècle, (Paris, Champion-Didier, 1925 et suiv. ; 6 tomes parus : A-S).

4 Participe passé de l’ancien verbe po(u)rtraire ³ dessiner, représenter², disparu au XVIIIe siècle, composé de pour et de traire au sens “tirer”. O. BLOCH- W. v. WARTBURG, Dictionnaire étymologique de la langue française, (Paris, P.U.F., 1964, voll.2).

5 E. HUGUET, op.cit. ; à l’article CADMEE on trouve : “Victoire cadmée, cadméance, cadmienne, de Cadmus”. Victoire aussi funeste au vainqueur qu’au vaincu, comme celle de l’Etéocle sur Polinice. Faut-il donc interpréter “le squadron des brunettes” comme un ensemble de tristes victoires ?

6Allusion à la Querelle de l’Ortographe, à laquelle Des Autelz participa très activement.

7 A Francois Rabelais. Cfr. M .YOUNG, Guillaume des Autelz, a study of his life and works, (Genève, Droz, 1961), p.22, note 58.

8 Les ³Singes de Staphile ”, dont l’auteur parle, sont les ennemis de Rabelais, voire les théologiens et les docteurs de la Sorbonne.

9 Il s’agit de Lycurgue qui, hostile au culte de Bacchus, fut rendu fou par ce dernier. Cfr. OVIDE, Métamotphoses, IV, 22.

10 Trompeur

11 Regardez un peu

122Décrire

13 Glorifier

14 Cette épithète fut fréquemment appliqué à la Grèce antique par les membres de la Pléiade. Pontus de Tyard dit : ”Celle beauté dont la menteuse Grèce..”. Cfr. P. DE TYARD, Les erreurs Amoureuses, III, 2, v. 1. J. R. CLEMENTS, Critical theory and practise of the Pléiade, (Cambridge, Massachussets, Harward University Press, 1942), p.14

15 Avides de gloire

16 Cou

17 Assaisonnées

18On trouve des arguments scatologiques dans les Fables, n. 118, 149, 249, 262, 292

19 Maintenant

20 On dit faire du grosbis, trancher du grobis, faire du raminagrobis. Ces expressions signifient faire l’important. Il faut probablement y voir une comparaison avec le chat qui fait le gros dos. E :HUGUET, Le langage figuré au XVIe siècle, (Paris, Droz, 1933).

21 Evanoui

22 Huon de Bordeaux, Ogier le Danois, Roland et Olivier sont les héros de romans de chevalerie, comme Morgand et Fierbras.

23 Cependant

24 Grecs

25 Quoique

26 Allusion aux livres de l’Iliade et de l’Odyssée. Les grammairiens alexandrins avaient divisé les deux poèmes en 24 livres chacun, et ils les avaient indiqués avec les lettres de l’alphabet : majuscules pour l’Iliade et minuscules pour l’Odyssée.

27 Pourtant, cependant

28 François Rabelais, dans le Prologe de l’Auteur, mis au début de son Gargantua, dit : ”Croiez vous en vostre foy qu’onques homere escrivent l’Iliade et Odyssée pensant es allegories lesquelles de luy ont calfreté Plutarque, Heraclide, Pontie, Eustasie, Phornute, et ce que d’iceulx Polition a desrobé ?”.

29 Fait à la manière des lifrelofres, ou, par jeu de mots, des philosophes. E : HUGUET, Diction. de la lang. francŠ., op.cit.

30 Des Autelz fait une erreur, parce que Pline l’Ancien écrivit la Naturalis Historia

31 Jean Lemaire de Belges, dans le Prologue du Premier Livre des Illustrations de Gaule et singularitez de Troye, dit “Šje (Mercure) stimulay et enhardis l’entendement du tresadonné serviteur voluntaire,ŠJean le Maire de Belges,Š.”. Cfr. ‘uvres de Jean Lemaire de Belges, publiées par J. STECHER, ( Louvain, Lefevre, 1882-1885), tome Ier, pp. 3,4.

32 Ce mot signifie aussi au XVIe siècle ” celui qui parle une langue étrangère”. Il est attesté en 1391 comme terme d’injure, adressé à un journalier, originaire de Guyenne, par des gens d’Ingré (Loiret). Les différentes étymologies ne sont pas convaincantes ; les uns y ont vu un emprunt du breton bara gwin “pain vin”, les autres un mot tiré de barguigner, d’après le sens ancien de “marchander, contester”, ou de bargouiner “parler à tort et à travers”, d’autres, enfin, la continuation du latin Berecyntia, un des noms de Cybèle, à cause du caractère violent des fêtes célébrées en son honneur. O. BLOCH-W. v. WARTBURG, op.cit.
Dans le livre de M. YOUNG, Des Autelz, his life and works, (Genève, Droz, 1961, Travaux d’humanisme et Renaissance), à la page 103, on lit : ”Barragouinis used by Rabelais, and others, for ‘unintellegible language’ : it is rare to find it as an adjective, as here”. Aussi V. L. SAULNIER, Contribution à l’étude de la langue facétieuse au XVIe siècle. La Mitistoire Barragouyne de Fanfreluche et Gaudichon, dans “Le Français moderne”, tome XIIe (1944), nous communique que “Barragouin est chez Rabelais ; rare comme adjectif au XVIe siècle”. Voir titre.

33 Ce mot nous rappelle l’¦uvre de Gringore, Les Contredictz du Prince des Sotz, autrement dit Songe-creux (1529), mais on le retrouve aussi employé chez Rabelais, du Fail, Olivier de Magny et Guillaume Conquillart.

34 Oui

35 Il s’agit d’un terme médical. Horace, en parlant de ceux qui souffrent d’inappétence, employa l’expression “..lassum pervellunt stomachumŠ”. Cfr. HORACE, Satires, II, 8.

36C’est le but qui se propose aussi Rabelais. Cfr. F. RABELAIS, Gargantua, par P. Jourda, op.cit., tome Ier, p.3

37 Sages à la nouvelle mode.

38 Les neuf muses. Peut-être Des Autelz leur donne l’épithète de putains d’après le sens médiéval donné à ce mot. “Menteuses fausses” c’est-à-dire “imitatrices”. L’auteur fait-il allusion à la littérature de son temps qui puisait son inspiration des écrivains classiques ?

39 Le mont Hélicon, en Béotie, demeure des muses, le Parnasse en général

40 C’est, peut-être, la source Hippocrène, que Pégase fit jaillir de l’Hélicon, en le frappant de son sabot. Des Autelz se réfère-t-il à la forme du fer de cheval ?

41 Hurlées, criées

42 Héraclite était surnommé l’Obscur à cause de son caractère

43 Cfr. ESOPE, Fables, n.º 38

44 Abondance, grand nombre

45 Quant

46 En quelque façon

47 Equivoque sur allongé et longe (de loin). V. L. SAULNIER, op.cit. p. 287.

48 Je me demande

49 Le latin populaire prode a donné en français preu, “profit, avantage”, qui se présente aussi sous la forme prou. Les deux formes étaient encore employées au XVIe siècle. E. HUGUET, Mots disparus ou vieillis depuis le XVIe siècle, (Paris, Droz, 1935

50 Déformation euphémique de par la mort de Dieu.

51 Ici M. Young a voulu voir une allusion à la ville de Romans, cfr. M.YOUNG, op.cit., p.102, tandis que M. Francon ne voit dans cette phrase qu’une promesse, de la part de l’auteur, d’écrire un roman comme celui de Melusine. Cfr. M. FRANCON, Mitystoire Barragouine de Fanfreluche et Gaudichon, reproduction photographique de l’édition de Rouen de 1578 (Cambridge, U.S.A.,Schoenhof’s Foreign Books, 1962), p.35

52 Jean d’Arras, secrétaire du duc Jean de Berry, frère du roi Charles V, composa un roman de Melusine vers la fin du XIVe siècle, probablement entre 1387 et 1393. L’histoire de Mélusine fut d’abord très goûté dans les cours et les châteaux ; elle fut ensuite largement répandue par les versions imprimées à partir de 1478, année où La Melusine fut publiée à Genève. Elle était très lue encore pendant toute la première moitié du XVIe siècle, et même plus tard. Le livre se vendait bien aux foires de Lyon et de Francfort ; voir V. L. SAULNIER, édition du Pantagruel, (Paris, Droz, 1946), Introduction, pp. XXIV-XXV. Rabelais décrit burlesquement Mélusine au chapitre XXXVIII du Quart Livre, et Ronsard la citera encore.

53 Coiffure composée d’un bourrelet posé sur la tête et d’une bande d’étoffe pendant par derrière. E. HUGUET, Dictionnaire du XVIe siècle, op.cit.

54 De si basse condition

55 Et, ou

56 Condition

57 Oui, c’est vrai

58 Sorte de voile complétant la coiffure féminine. E. HUGUET, Dictionnaire du XVIe siècle, op.cit.

59 -ci

60 Remuait le cul

61 Cette expression sert à caractériser une action plusieurs fois répétée. E.HUGUET, Le langage, op.cit

62 Il chercha à la voir

63 Sorte d’épée à la lame courte et large, mais ici le mot est employé dans un sens plus libre

64 Aggrava

65 Le courtault était un cheval à jambes courtes, servant pour le voyage et pour le transport de bagages. Dans ce cas, toutefois, il est employé par l’auteur avec un double sens. Cfr. H. HUGUET, Dictionnaire du XVIe siècle, op.cit.

66 Des Autelz fait-il allusion à l’Art Poétique d’Horace ?

67 Laquais, valets

68 Ecrire à la façon de Pinzare. L’emploi du verbe pindariser est très remarquable à la date de 1511. Toutefois Octovien de Saint-Gelais s’en était déjà servi au début de son Séjour d’honneur, composé entre 1490 et 1494 :
“Plus ne vaut d’Orphéus la science
Qui doucement souloit pindariser …”
Par la suite, au cours du XVIe siècle, le mot prendra assez souvent une valeur ironique.
Cfr., V. L. SAULNIER, Contribution à l’étude de la langue facétieuse, op.cit., p.292

69 Peut-être Des Autelz fait allusion à l’Epître de l’Amant vert de Jean Lemaire de Belges

70 La porte

71 Livres de chevalerie. Les treize livres de l’Amadis espagnol, dont la première édition est celle de Salamanque (1510, in folio), furent traduits en français, en 1540, par Herberaye des Essart. Dix-sept autres livres virent le jour entre 1544 et 1579. La faveur de l’ouvrage atteignit son apogée au milieu du XVIe siècle (témoignages de Pasquier et de La Noue) mais elle cessa avec lui.

72 En donnait

73 Grapper signifie ³prendre, saisir². Grappeter indique, peut-être, une action répétée plusieurs fois.

74 Histoires

75 Parties sexuelles

76 Qui assemblaient

77 Platon nous raconte le mythe de l’Androgyne dans son Dialogue Le Banquet. Cette ¦uvre, traduite en latin par Marsile Ficin, connut un réel succès en France, où A. Héroet la fit connaître en traduisant le livre de Ficin en français. L’¦uvre de Héroet fut éditée en 1542 et on en connaît 16 éditions, publiées jusqu’à 1568

78 Beaucoup

79 L’oeuvre à la quelle fait allusion Des Autelz est Le Banquet de Platon. Apollodore, à qui Aristodème avait raconté le fait, parle d’un banquet auquel avaient pris part Agatone, Socrate et Alcibiade. Dans cette occasion on avait discuté de l’Amour, et cet argument avait tenu éveillés les trois amis jusqu’au matin, pendant que les autres conviés s’étaient endormis.

80 Alexandre le Grand était fameux pour son ivresse.

81 Un demi-litre. Le mot chopine a été introduit en France par la Belgique, qui l’a emprunté du néerlandais chopen. O. BLOCH- W. v. WARTBURG, Dictionnaire étymologique, op.cit.

82 Mot forgé sur magister noster. “Magistral”, dans un sens ironique, “digne d’un magister noster”. E. HUGUET, Dictionnaire de la langue du XVIe siècle, op.cit.

83 Robert Cenalis ou Cenau, évêque d’Avranches, né et mort à Paris, 1483-1560. L’un des meilleurs théologiens de son temps, humaniste, orateur controversiste. Ses ¦uvres sont : Axioma catholicum, Paris, 1534 ; De utriusque gladi facultate usuque legitimo, Paris, 1546-1558 ; Un discours pour la paix de Cembrai, 1529 ; une étude des poids et mesures de l ?Antiquité, Paris, 1532, 1535, 1547 ; Gallica Historia, Paris, 1557, 1581 ; etc. cfr. G. GRENET, Dictionnaires des lettres françaises, (Paris, Fayard, 1951), tome IIe, Le XVIe siècle.

84 Boire

85 Au XVIe siècle les poids et les mesures variaient d’une ville à l’autre. Ils pouvaient changer aussi dans une même ville, et entre une ville et ses faubourgs. Pour ce fait Henri II publia un édit, une ordonnance et des lettres patentes pour les uniformiser dans tout le royaume. Cfr. Catalogue général des livres imprimés de la Bibliothèque Nationale. Actes royaux. (Paris, Imprimerie Nationale, 1910-1960, tomes VI), tome Ier, p. 229, (F. 4615 (3)) et (F. 23610 (238)).

86 Sorte de piège

87Outre (de peau de chèvre)

88 Allusion à Maître François qui se nomme ³Calloyer des Isles Hieres² au fronton du Tiers Livre

89 Cfr. RABELAIS, Pantagruel, par P. Jourda, op.cit., (ch. XLIX, L, LI, LII), pp. 602-609.

90 Coupe

91 Partie de l’écritoire où l’on met l’encre.

92 Quelque

93 Sorte d’écritoire portative

94 Cassette

95 Le mot haquebute ou hacquebute vient du moyen néerlandais, ou flamand, hakebus (hollandais moderne haakbus) ou du moyen haut allemand hake(n)büsch (allemand moderne hakensbüchse), proprement «canon à crochet”. O. BLOCH ­ W. v. WARTBURG, Dictionnaire étymologique, op.cit.

96 Sorte de poche pour mettre divers objets. H. HUGUET, Dictionnaire du XVIe siècle, op.cit.

97 Repas léger. Collation était un terme juridique, emprunté du latin médiéval collatio qui a reçu ce sens d’après conferre. Le sens de “repas léger” vient de l’usage des moines de faire un repas léger après une conférence du soir, dite collation. O. BLOCH ­ W. v. WARTBURG, op.cit.

98 Les douze signes du Zodiaque

99 Faire la mort Roland : “ mourir de soif ”

100 Du grec staphylé ³grappe de raisin ”

101 Le vin. Cfr. F: RABELAIS, Gargantua, par P.Jourda, op.cit., p. 34

102 Je suis en trainŠ.

103 Gorrier:” homme élégant, bien vêtu”.

104 Intelligente

105 Paille. Au XVIe siècle les synonimes de paille étaient estrain, qui venait de stramen, et feurre ou fouarre, d’origine germanique. Aujourd’hui le mot fouarre, qui a donné fourrage, se retrouve dans le nom de la “rue du Fouarre”. E . HUGUET, Mots disparus et vieillis, op.cit.

106 Vêtement d’homme et de femme, sorte de blouse.

107 Elégante, belle, richement ornée

108 Sorte de tunique, de longueur variable.

109 Engagement, accord de mariage

110 Dans l’édition de 1578 on lit “Š.plus d’un escus au soleil”. Il s’agit d’une monnaie frappée sous François Ier, et qui, d’un côté, avait imprimé un soleil.

111 Sacrilège

112 C’était un officier des tribunaux de l’Eglise.

113 Quoique…, cependant…

114 Le plus

115 ff était l’abbréviation de “Digeste”

116 Parties sexuelles de la femme

117 C’est juste

118 Institutes de droit romain, I, titre X “De nuptiis”.

119 Cependant

120 Institutes de droit romain, I, titre XI “De adoptionubus”, paragraphe 4.

121 Quelque

122 Digeste, III, titre I “De postulando”, paragraphe 3.

123 Digeste, XL, titre II “De manumissis vindicta”, paragraphe 13. Institutes de droit romain, I, titre VI “Quibus ex causis
manumittere non liceat”, paragraphe 5

124 Digeste, XXXIV, titre I “De alimentiis vel cibariis legatis”, paragraphe 14

125 Digeste, II, titre XIV “De pactis”, paragraphe 32.

126 Déduis

127 Digeste, XXVIII, titre I “Qui testamenta facere possunt, et quemadmodum testamenta fiant”, paragraphe 27

128 Voir la note n.122, première partie :Institutes de droit romain, I, titre X “De nuptiis”.

129 Digeste, I, titre III ³De legibus, senatusque consultis, et longa consuetudine”, paragraphe 25.

130 Code de droit civil, I, titre XIV “De legibus, et constitutionibus principum, et edictis”, paragraphe 6

131 Bartole, jurisconsulte. Il glosa les sources du Droit Romain.

132 Digeste, XXVII, titre VI ³Quod falso tutore autore gestum esse dicatur², paragraphe 11, 3.

133 L’Université de Valence, aujourd’hui disparue, avait été fondée par Louis XI, en 1452.

134 Robert, dont la forme familière était Robin, était, dans l’ancienne littérature, un terme dénigrant, et désignait notamment un paysan prétentieux. O. BLOCH- W.w.WARBURG, op.cit., pag.187

135 Jean de Coras, jurisconsulte français, né à Toulouse en 1513, enseigna le droit à Toulouse, puis à Angers, à Orléans, à Paris, à Padoue, à Valence et à Ferrare. Réformé, il termina sa vie à Toulouse le 4 septembre 1572, après la nouvelle de la Saint-Barthélemy.

136 Calembour sur conseiller et maître des requetes.

137 Interrompu.

138 Cabinet de travail.

139 Conseillait, exortait.

140 Serrer l’esguillette: empêcher, par un sortilège, la consommation du mariage ; l’esguillette était un cordon servant à attacher les chausses. E. HUGUET, Dictionnaire du XVI siècle, op.cit.

141 La puissance.

142 Les ligatures

143 Emplâtres, onguents.

144 Talismans portants un signe magique.

145 On lit dans TAHUREAU, Dialogues, II, p.112 “Je n’ai que faireŠde vous raconter les especes de magie, comme necromance, laquelle est divisée encore en deux parties, en scyomance et necyomance, lesquelles se pratiquent en parlamentant avecque les espris malins, ou en suscitant les ombres et idoles errantes des morts”. La sorcellerie, les sciences occultes et la démonologie furent très en honneur au XVIe siècle ; on alla jusqu’à imaginer une astrologie judiciaire. Il y eut une réaction contre une telle mode, et on connaît un édit (11 décembre 1547) qui interdit “de faire almanachs qui excèdent les termes de l’astrologie licite”. Voir BIBLIOTHEQUE NATIONALE, Collection Anisson, (MS fr. 22061, n° 8 et 10). Cfr. G. GRENET, op.cit.

146Autant qu’il était possible.

147 Recueil des notes. Tiré du nom de l’italien A. CALEPINO (1435-1511), auteur d’un dictionnaire polyglotte du latin et de plusieurs langues de l’Europe, qui eut un très grand succès (première édition en 1502).

148 Evêque des fous.

149 Perfide, trompeur.

150 Crocheteur, portefaix.

151 Sot, niais.

152 Savatier.

153 Galler le bon temps signifiait “prendre du plaisir”.

154 Homme quelconque.

155 Gueux de l’hospice, gueux, mendiant. D’après hostiere, mot du midi, “hospice”. On a aussi rapproché hostiere de ostium, et compris gueux de l’hostiere comme désignant un mendiant qui va de porte en porte. E. HUGUET, Dictionnaire du XVIe siècle, op.cit.

156 Parasite.

157Sage-femme.

158 Toute l’opération.

159 Le British Museum possède une copie de Le Compendion et brief enseignement de Physiognomie et Chiromacie de Bethelemy Cocles de Bouloigne, docteur de Physiognomie naturelle, et de medecine, Paris, Pierre Drouard, 1550. il y a toutesfois, des éditions de l’original latin qui datent de 1504 en avant. (British Museum, 8630 b. 6 (2)). M. YOUNG, op.cit., p.106.

160 Jamais.

161 Maison.

162 Code de droit civil, XII, titre VIII “Ut dignitatum ordo servetur”, paragraphe 1.

163 Une chose si importante.

164 Marché, commerce

165 Justinien

166 Code de droit civil, XII, titre XXXIII “De perfectissimatus dignitate”.

167Avec les nouvelles découvertes géographiques, une nouvelle classe sociale va naître au XVIe siècle, en Europe : la noblesse de robe. Henri II et Henri III, avec plusieurs ordonnances, cherchèrent à maintenir la divisions des états, et on peut lire, par exemple, dans le Catalogue des Actes royaux de la Bibliothèque Nationale, une Déclaration du Roy sur le faict et réformation des habits, avec défense aux nobles d’usurper le tiltre de noblesse, et à leurs femmes de porter l’habit de damoiselle. ( Henri III, Paris, Juillet 1576) ; jointe à cette déclaration on trouve une Ordonnance du Roy Henri II ( du 12 juillet 1549), “..par laquelle toutes personnes, tant nobles que non nobles et roturiers, sont réglés de leurs habits et accoustrements qu’ils doivent porterŠ” ( F.46852(1)). Cfr. Catalogue général de la Bibliothèque Nationale. Actes royaux., op.cit., tome Ier, p. 468.

168 Jusqu’au XVIe siècle le mot preudfemme signifiait “forte, sérieuse, modeste”. Le sens de “qui fait la modeste” date du milieu du XVIIe siècle, avec la forme prude. O. BLOCH- W. v. WARTBURG, op.cit.

169 Imprécation classique à l’époque où l’on s’inquiétait beaucoup de la fièvre quarte ou quartaine, c’est-à-dire de la fièvre intermittente qui revient tous les quatre jours.

170 Voir la note 5, p. 22

171 Cfr. HORACE, Epîtres, I, IIe (vv. 69-70)

172 Les religieuses.

173 Affaires, choses.

174 Bon compagnon

175 Un couvent

176 Déclara

177 Décrétales, I. (Les Décrétales sont des lettres par lesquelles les papes répondaient aux questions qui leur étaient posées : on en connaît 5 livres donnés par Grégoire IX (1234). Elles sont une partie du droit canonique).

178 Diminutif de ³doux².

179 Diminutif de ³bel²

180 Faire est employé, en ce cas, comme verbe suppléant

181 La punition

182 Cfr. J. DE LA TAILLE, Le Negroment, I, 3.
” Le florin vaut XXV solz, et la livre imperialle, vaut la brelingue françoise, a sçavoir VIII solz”

183 La Commedia degli Ingannati de A. Piccolomini, ou des Académiciens Intronati de Sienne, fut traduite en français par Charles Estienne, en 1543, avec le titre ³La Comédie du sacrifice “, et elle fut republiée en 1548 avec le titre “Les Abusez”

184 Cfr. La commedia degli Ingannati, Acte Ier, scène Ie et scène IIIe.

185 Secètement

186 Mignon

187 Elles blâmaient

188 Clémentines, V, 9, 2. ( Les Clémentines sont une partie du droit canonique et elles furent données par Clément V (1313)

189Que tout le monde se plaigne auprès de …

190 L’état.

191 Vraiment.

192 Digeste, L, titreXVII ³De (diversis) regulis iuris antiqui ”, paragraphe 142.

193 Avec.

194 Rimes.

195 Querelle, débat.

196 Chose.

197 Exposer avant.

198 Cachez-vous.

199 Expression libre que l’on trouve aussi chez Rabelais, au chapitre XVII, de son Pantagruel. Cfr. RABELAIS, Pantagruel, par P. Jourda, op.cit., Tome I, p. 309.

200 Cfr. JUVENAL, Satires, VI, 223, : ³Hic volo, sic iubeo, sit pro ratione voluntas ”.

201 Païens

202 Cfr. JUVENAL, Satires, X, 365-366, ³Nullum numen habes, si sit Prudentia : nos te, nos facimus, fortunam Deam, coeloque locamus ”.

203 Un des noms de Némésis

204 Le British Museum (694 c. 57) possède une copie d’un livre écrit par un Franciscain, docteur en Théologie, nommé Guillaume Bernard : De Sacrarum Literarum communicatione earumque sensus germanitate : ac de catholicorum ecclesiae rituum veritate, christiana quaedam axiomataŠ.à fratre Guillelmo Bernard Franciscano, doctore theologo aeditaŠPrisiis, apud Vivantium Gaultherot. 1547. Il s’agit peut-être, du même auteur de l’¦uvre Identitatum et distinctionumŠcompendiosa contractio, qui apparut à Paris, chez Etienne Brulefer, en 1560. (Bibliothèque Nationale Rés. D. 11646). Cfr. M. YOUNG, op.cit., p.101.

205 Pinser.

206 Juppin, mot du jargon universitarie, signifiait ³écolier débauché². E. HUGUET, Dictionnaire du XVIe siècle, op.cit.

207 Calembour entre coquecigrue et les Contes de la Cigogne.

208 Il s’agit de la “rue du Fouarre”

209 Premiers mots d’un verset repris, pendant l’office, à la fin de chaque texte tiré de l’écriture. La formule était employée pour dire : “vous saurez tout, jusqu’à la conclusion”.

210 Cfr. ARISTOTE, Ethique à Nicomaque, I, VII, 1-23.

211 On lit, dans l’édition de 1578, parachever.

212 Dans le Catalogne général des livres imprimés, du British Museum, j’ai trouvé cité trois textes de médecine, dont l’auteur est Joannes Sylvius de Lile : De morbi articularii curatione Tractatus quatuor Joannes Sylvius auctore. Eiusdem de morbo gallico declamatio,Š.Ex officina C. Platini: Antverpiae, 1562. (1188 b. 20 (2*)). De studiosorum, et eorum qui corporis exercitationibus addicti non sunt, tuenda valetudine, libro duo,Š..Duaci, 1574. (1038 f.9) Morbi populariter grassantis praeservatio, et curatio, ex maxime parabilibus remediis. Lovanii, 1572. (1167 c. 6(3)) Cfr. BRITISH MUSEUM, General Catalogue of printed Books, (Published by the trustees of British Museum, London, Photolitografic edition to 1955) tome CCXXXIII.

213 Suida ou Suda, auteur d’un fameux Lexique.

214 Costantin Céfala, Xe siècle, est l’auteur de l’Anthologie Palatine.

215 Harmenopoule, jurisconsulte et glosateur des sources du droit romain.

216 Placentin, fameux pour ses gloses au Digeste et à tous les textes du droit romain.

217 Code de droit civil, II, titre XLI “In quibus causis in integrum restitutio necessaria non est”, paragraphe 5.

218 Accursius, jurisconsulte, il enseigna le Droit à Bologne. Il composa la Glossa ordinaria au Corpus juris civilis.

219 Andrea Alciati. Jurisconsulte (Verceil, 1492 ­ Pavie, 1551) François Ier le nomma professeur à l’Université de Bourges où il enseigna le droit romain suivant la méthode historique.

220 Grécise.

221 Le Collège de Montaigu, dont Rabelais aussi parle, était au bout de la montagne Sainte-Geneviève au même endroit où, aujourd’hui, se trouve la Bibliothèque Sainte-Geneviève.

222 De la signification.

223 Les Capetes étaient les boursiers du Collège de Montaigu. E. HUGUET, Dictionnaire du XVIe siècle.

224 Digeste, I, titre VI “De his qui sui, vel alieni iuris sunt”, paragraphe 1. Institutes de droit romani, I, titre VIII « De his qui sui, vel alieni iuris sunt ».

225 Partie du capuchon qui couvre la tête.

226 De cesser d’être moines.

227 Cause lointaine.

228 De cette maison.

229 Interpètes du Décret de Gratien, qui était la première partie du droit canonique.

230 Petrus Ramus, ou Pierre de la Ramée s’opposa à l’aristotélisme des scholastiques en publiant les Institutionum dialecticarum libri III (Paris, 1543) et les Animadversionum in dialecticam Aristotelis libri XX (Paris, 1543).

231 Facilement.

232 Les spécialistes des Décrétales. Voir la note 4, chapitre VIIe, pag.

233 C’étaient les disciples des glosateurs du droit romani.

234 Institutes de droit romain, I, titre XXIV « De satsdatione tutorum et curatorum », paragraphe 1. Décret, LXIII, 11.

235 Gamaliel, qui fut le maître de Paul, appartenait au Conseil des Grands-prêtres et son intervention contribua à la libération des Apôtres. Cfr. Actes des Apôtres, V, 34 et suiv., et XXII, 3.

236 Décret, XXX, 12.

237 Décretales, I, 6, 48, 57.
Clémentines, XII, 20, 43, 48.
Décret, IX, 11 fin.
Décret, XL, 12 fin..

238 Code de droit civil, I, titre XVII «De veteri iure enucleando, et de auctoritate iuris prudentium, qui in digestis referentur », paragraphe 5.

239 Que je les fasse sortir de cette situation pénible.

240 De former un jugement.

241 Cfr. ARISTOTE, Rhétorique, I, 12, 1372 a-1373 a.

242 Décret, XI, questio. 3, 78.

243 Charles Quint entra en France, pour la deuxième fois, en 1544, et les étudiants des collages furent contraints à abandonner Paris parce que la ville allait se préparer au siège.

244 Superlatif formé par plaisanterie. « Très honorable ».

245 Truand célèbre du XVIe siècle ; on trouve son nom dans Rabelais, Marot, du Fail, Brantôme, etc. Cfr. M. YOUNG, op.cit,
p. 105.

246 C’est la forêt de Fontainbleau que l’on nommait encore “forêt de Bière de Fontainbleau ” vers la fin du XVIe siècle, du nom d’un « pays » qui faisait partie du Gâtinais. Quelques villages en gardent le souvenir : Chailly en Bière, par exemple.

247 Bonjour.

248 Digeste, titre II “De origine iuris, et omnium magistratuum, et successione prudentium “, paragraphe 47.

249 Il s’agit de Pape Saint Silvestre et de la donation de Constantin. Cfr. J. LEMAIRE DE BELGES, De la différence des Schismes et des Conciles de l’Eglise. La première partie de ce traité, chap. Du Pape saint Sylvestre, qui premier triompha en l’Eglise militante, au moyen des grans previleges et biens temporelz que l’Empereur Constantin le Grand eslargit à l’Eglise Romaine.

250 C’est une simple transcription du composé latin corniger. E. HUGUET, Mots disparus et vieillis, op.cit. .

251 Un des noms de Diane.

252 Vendre des coquilles, faire valoir ses coquilles c’est « essayer de tromper ceux qui savent reconnaître la vérité ». Ces expressions proviennent des pèlerinages. Elles rappellent le pèlerin du Mont Saint Michel, qui voudrait vendre des coquilles à ceux qui en sont déjà pourvus et elles s’appliquent à l’homme qui prétend faire la leçon à des plus habiles que lui. H. HUGUET, Le langage figuré, op.cit.

253 Actéon, coupable d’avoir surpris Diane au bain, fut métamorphosé par elle en cerf, et mis en pièces par ses propres chiens que trompait la nouvelle forme de leur maître. Cfr. OVIDE, Métamorphoses, III, 138-252.

254 Il se conduirait mal pour moi.

255 Quelquefois.

256 Cfr. FROISSART, Chroniques, livre Ier, Chapitre II, « Ils (les Ecossais) n’emportent donc d’autre provision que chacun entre la selle et le panneau une grande pierre plate, et jettent derrière eux une besace pleine de farine, en sorte que, lorsqu’ils ont mangé tant de viande mal cuite que leur estomac leur semble être débile et affaibli, ils jettent cette pierre plate au feu et détrempent d’eau un peu de leur farine. Quand leur pierre est chauffée, ils jettent cette pâte claire sur la pierre chaude et ils font un petit gâteau, une espèce d’oublie de béguine, et le mangent pour se remettre l’estomac ».

257 Voir chapitre 3, note 2.

258 Par ruse.

259 Hésiode établit la demeure des Muses sur l’Hélicon, et leur donna comme voisins Cupide et les Grâces.

260 C’est le mont Parnasse aux deux sommets duquel habitaient les Muses et Apollon. Cfr. LUCAN, Pharsale, V, 72; OVIDE, Métamorphoses, I, 316 et suiv. ; DANTE, Paradis, I, 16-18.

261 Lupanars et Tavernes célèbres à l’époque de l’auteur. Cfr. RABELAIS, Pantagruel, par P. Jourda, op.cit., chap. VI, p.245.

262 Avec un scurire de prostituée.

263 En faisant une révérence comme un rufian.

264 D’après ce que raconte Suida, Corin fut l’auteur d’un poème sur le siège et la destruction de Troie, d’où Homère emprunta son Iliade.

265 M. Young explique ces deux lettres comme une abréviation de par aventure, tandis que selon Marcel Françon des Autelz, ici, a voulu dire que les poètes français ne savent pas encore articuler séparément les syllabes. Ils ne savent pas unir deux lettres comme p et a dans la syllabe pa. Cfr. M. YOUNG, op.cit., pag. 109, et M. FRANÇON, op.cit., à mon avis aussi la seconde hypothèse est la plus valable.

266 Les Dolichodromes (du grec dólicho – drómos) étaient, dans l’ancienne Grèce, les athlètes qui pratiquaient les « dolico » qui étaient une compétition de course.

267 Les Hemerodromes (du grec hémerodrómos) étaient les messagiers qui parcouraient à pieds et dans un seul jour de grandes distances.

268 C’est le bonnet doctoral qui avait quatre cornes.

269 On peut reconnaître dans ce personnage Jacques Peletier du Mans auteur de l’Uranie, apparue à Lyon, chez Jean de Tournes en 1555. Cfr. M. YOUNG, op.cit.

270 Maurice Scève qui publia les dizains de la Délie à Lyon en 1544. il fut imité par plusieurs de ses contemporains qui, toutefois, le critiquèrent et ne reconnurent point leurs dettes à son égard. Cfr. M. YOUNG, op.cit.

271 Il s’agit de Pontus de Tyard, auteur des Erreurs Amoureuses, Lyon, Jean de Tournes, 1549. Cfr. M. YOUNG, op.cit.

272 Joachim du Bellay auteur de l’Olive (Paris, 1549). Cfr. M. YOUNG, op. cit.

273 Guillaume des Autelz dont la devise était “Travail en repos”. Cfr. M. YOUNG, op.cit..

274 Terpandre, poète-musicien lesbien, né vers 675 a.c. Il est réputé d’avoir apporté plusieurs innovations à la musique.

275 L’expression corriger le magnificat s’adresse à l’homme qui se croit capable de faire mieux que les meilleurs, qui a la prétention de réformer des choses irreprochables et qui est aussi déraisonnable que s’il voulait corriger le magnificat. Cfr. E. HUGUET, Le langage figure, op.cit.

276 Des Autelz fait allusion à Ronsard qui était le chef de la Brigade. Cfr. M. YOUNG, op.cit.

277 Ici l’auteur fait allusion au Quintil Horatian, pamphlet anonyme qui fut longtemps attribué à Charles Fontaine, mais en réalité de Barthélemy Aneau. L’auteur a justifié son titre en disant dans son préambule qu’il a voulu jouer le rôle bienfaisant de censeur véridique qu’Horace , en son Art Poétique, reconnaît à Quintilius. Ce rôle de censeur, il prétend l’exercer « sans aucune villaine, injure et calumnie » à propos de la première publication des œuvres de J. du Bellay (Deffence, Olive, Vers Lyriques). Bien que l’édition princeps du Quintil n’ait pas laissé de traces, on peut établir qu’elle a dû paraître à Lyon, très probablement en février ou mars 1550.

278 Aristarque de Samothrace, le philologue le plus important de l’antiquité. Il est devenu le symbole du critique parfait.

279 Avec la couronne de laurier.

280 Tous commentateurscélèbres des textes du droit romani ou du droit canonique, tous Italiens, et qui vécurent au XIVe, Xve, ou au XVIe siècle.

281 Avec l’expression Tetragrammaton, les Juifs évitaient de prononcer cérémonieusement l’-ineffable- nom de Dieu qui était dit Ioth He Van Het.

282 François Hotoman, jurisconsulte français d’origine allemande. Il fut professeur de droit romain à Paris (1546), à Lyon (1547) et à Genève ( 1549). Dans l’Anti-Triboniana ou Discours sur l’étude des Loix, 1567, il soutint la nouvelle école du Droit, qui proposait la substitution du droit romain avec un Code unique pour toute la nation.

283 Irnerio, jurisconsulte, il a été le fondateur de l’école des glosateurs née à Bologne au XIIe siècle. C’est lui qui aurait commencé, le premier, à lire et commenter le Corpus Iuris et le Digeste.

284 Code de droit civil, I, titre XVII « De veteri iure enucleando, et de auctoritate iuris prudentium, qui in digestis referentur », paragraphe 21.

285 Désir.

286 Cfr. CALVIN, Institution de la Religion Chrestienne, III, IV, 1.
« Ils s’amusent tellement aux façons de faire exterieures et corporelles qu’on ne saurait autre chose cueillir de leurs gros bobulaires de livres (ex immensis voluminibus), sinon que Penitence est une discipline et austerité… ».

287 Avec.

288 Il est impossibile de savoir ce qu’il est arrivé à Valence le 25 juin 1547, entre les étudiants et les Franciscains. Je n’ai trouvé aucun élément explicatif sur cet événement. La seule donnée qui peut avoir un certain rapport avec ce fait, on la lit dans « Pantagruel », chapitre V :
« Ce que voyant, son pedagogue, nommé Epistemon, l’en tira et le mena a Valence au Daulphiné ; mais il vit qu’il n’y avoit grand exercice et que les marroufles de la ville batyent les escholiers, dont eut despit, et, un beau dimanche que tout le monde dansoit publiquement, un escholier se voulut mettre en dance, ce que ne permirent lesdictz marroufles. Quoi voyant, Pantagruel leur bailla à tous la chasse jusques au bort du Rosne, et les vouloit faire tous noyer ; mais ilz se musserent contre terre comme taulpes bien demye lieue soubz le Rosne. Le pertuys encore y apparoist ».
Cfr. RABELAIS, Pantagruel, par P. Jurda, op.cit..

289 Digeste, I, titre II “De origine iuris, et omnium magistratuum, et successione prudentium”, paragraphe 13.

290 Insignes.

291 Les ornements.

292 Digeste, XXXVIII, titre XV “Quis ordo in possesionibus servetur”, paragraphe 2, 1. Livre Sexte, II, 14. ( Le Sexte est une partie du droit canonique).

293 Digeste, III, titre I “De postulando”, paragraphe 5.

294 Digeste, I, titre II “De origine iuris, et omnium Magistratuum, et sucessione prudentium”, paragraphe 43.

295 Comme en leur souhaitant.

296 On emploie les expressions rentrer de piques noires, rencontrer de piques noires pour dire que la personne qui vient de parler s’est trompée, ou a parlé mal à propos. E. HUGUET, Dictionnaire du XVIe siècle, op.cit..

297 Il approchera.

298 Triboulet était le fou François Ier.

299 Boutons sur le nez.

300 Chaise percée.

301Au même temps.

302 Que l’on félicite celui-là.

303 La bonne réputation..

304 Le Chapellet pouvait être une sorte de danse en rond, ou une couronne de fleurs. E. HUGUET, Dictionnaire du XVIe siècle, op.cit.

305 Sexte, V, 2
Clémentines, V, 3
Extravagantes, V, 3. ( Les Extravagantes constituent la dernière partie des Décrétales).

306 Digeste, L. titre XIII “De extraordinariis cognitionibus, et si iudex litem suam ferisse diceretur”, paragraphe 10.

307 Clémentines, III, 16.

308 Expression proverbiale.

309 Entremêlé.

310 Je renonce à la lutte contre vous.

311 Bien parée.

312 Ne…ne….= ni….ni….

313 Cfr. POGGI FLORENTINII, Invectiva tertia in Philelphus. Dans cette invective, Poge Bracciolini semble faire l’apologie du mensonge et de la vanité, les deux traits caractéristiques de la personnalité de son interlocuteur François Filelfe. Cfr. POGGIUS BRACCIOLINI, Opera omnia, (Turin, Bottega d’Erasmo, 1964-1969).

314 Le picotin était une sorte de mesure.

315 Nous fîmes si bien par nos efforts.

316 Marcel Françon a vu dans la ville de Noli une anagramme pour « Lyon ». Cfr. M. FRANCON, op.cit..

317 Le 28 novembre 1549, Henri II publia, à Paris une Ordonnance du Roy, par laquelle est defendu à toutes personnes, soient gentilshommes ou aultres, de plus porter aulcunes harquebuzes, hacquebutte appelez pistolletz d’Allemaigne, ny aussi aller armez ne couvers d’armes. Cfr. Catalogue Général de la Bibliothhèque Nationale. Actes royaux., op.cit.

318 Raconté.

319 Persécuteur.

320 Antoine Couillard, Seigneur du Papillon pès de Lorriz, humaniste (milieu du XVIe siècle). Outre un livre de droit et diverses pièces de circonstance, il se fit surtout remarquer par un traité sur Nostradamus. Il laisse encore une Chronique cosmographique universelle, une Instruction et exercice des greffiers de justice tant royales que subalternes, (Paris, 1543) et Quatre livres sur les procédures civiles et criminelles (Paris, 1560). Cfr. G. GRENTE, op.cit.

321 Digeste, XXXVII, titre IX “De ventre in possessionem mittendo, ut curatore eius”, paragraphe 19.

322 Cfr. VERGILE, Géorgiques, II, 2.

323 Préparation.

324 La situation des astres, considérée dans son rapport avec la destinée des hommes. Cfr. E. HUGUET, Dictionnaire du XVIe siècle, op.cit.

325 La planate Venus qui occupe le troisième ciel: la planate de l’amour.

 

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